Articles
État des lieux de la question d’un diaconat catholique féminin
Esther Solari
Cet article propose un état des lieux de la réflexion sur la question d’un diaconat catholique féminin. À partir d’une relecture historique des diaconesses dans l’Église ancienne et de la restauration du diaconat permanent par le concile Vatican II, il met en lumière l’absence d’un modèle univoque et l’indétermination théologique persistante de l’identité diaconale.
L’étude montre que la question ne peut être dissociée d’enjeux anthropologiques et ecclésiologiques majeurs : la compréhension de la différence sexuelle, la place des femmes dans l’Église, le sens de la diaconie comme forme baptismale du service, et la nature sacramentelle du ministère ordonné. Si les orientations magistérielles récentes privilégient le développement de ministères institués plutôt qu’une ordination diaconale des femmes, le débat demeure ouvert sur le plan théologique. En définitive, la question d’un diaconat féminin engage une réflexion plus large sur la ministérialité, la symbolique sacramentelle et la manière dont l’Église rend visible aujourd’hui le Christ Serviteur au sein de son peuple.
Portrait spirituel de la Bienheureuse Agnès de Langeac (1602-1634) : « Qui a Dieu a tout ! »
Augustin Laffay OP
Mère Agnès de Jésus (1602-1634), moniale dominicaine à Langeac, en Auvergne, offre un cas exemplaire de « l’invasion mystique » décrite par Henri Bremond dans son Histoire littéraire du sentiment religieux. La vie de cette jeune femme originaire du Puy-en-Velay ne se limite pas à une pratique extérieure rigoureuse des observances religieuses prêchées par les jésuites et les dominicains dans le cadre post-tridentin de la Réforme catholique, mais elle est entraînée dans une quête mystique où les obstacles rencontrés, y compris dans la vie religieuse, lui sont occasion d’être encore davantage à Dieu. Sa vie, remarquablement documentée par ses contemporains, offre de riches enseignements sur la fécondité de la croix du Christ. Mère Agnès de Langeac a été béatifiée en 1994.
Hilaire de Poitiers et sa théologie du Fils « consubstantiel au Père »
Vallery Wilson
Les Pères du concile de Nicée ont choisi le terme homoousios pour traduire aussi bien la génération éternelle du Verbe que son égalité avec le Père. Si Athanase d’Alexandrie s’est fait remarquer par sa défense de ce terme en Orient, Hilaire de Poitiers a bien su se saisir du consubstantiel pour répondre aux courants sabellianiste et arianiste de son époque à travers son De Trinitate. Contre la tentation sabellianiste de réduire le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois modes pour l’unique Dieu d’entrer en contact avec le monde, d’une part, puis face aux affirmations des ariens selon lesquelles le Fils est créé, qu’il ne connaît pas entièrement le Père et qu’il y a eu un moment où Dieu n’était pas vraiment Père, d’autre part, Hilaire affirme l’unité des Personnes divines tout en insistant sur leur distinction et leur égalité.
Reconnaissant la subtilité et la complexité de la méthode exégétique de ses adversaires, Hilaire s’appuie, à son tour, sur la Parole de Dieu pour montrer l’unité substantielle entre le Père et le Fils (Jn 10,30) qui n’est possible que si le Fils est éternellement engendré du Père et uni à Lui. Par le principe de la substance, de la volonté et de l’amour, Dieu communique sa vie à son Fils. Dire la naissance éternelle du Fils, c’est professer l’éternelle communion entre le Père et lui, ce qui fait que le Père se communique éternellement à son Fils, puis à nous par le biais du Fils. Le terme consubstantiel permet alors d’établir l’égalité entre le Fils et le Père. Le Fils, né de la substance du Père, invalide tous les arguments ariens au profit de celui de la génération éternelle : donc le Fils est consubstantiel au Père.
La synodalité, pratique occasionnelle ou théologie sérieuse ? Florilège d’ecclésiologie traditionnelle
Matthieu Rouillé d’Orfeuil
La synodalité, mise en lumière durant le pontificat du Pape François, a pu être mal comprise si on y a vu une tendance démocratique ou un outil de transition pastorale. Située dans une perspective plus longue, elle apparaît pour ce qu’elle est vraiment : une structure ecclésiologique extraordinairement simple ; elle est fondée sur deux principes scripturaires et patristiques, qui définissent un mode de gouvernement sui generis, ni monarchique, ni démocratique, dans lequel il revient à l’autorité de discuter avec ceux que ses décisions concernent.
Lire et « être lu » : la littérature selon le pape François
David Perrin OP
Cet article étudie la Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation publiée par le pape François en 2024. Il situe tout d’abord cette lettre dans le contexte de son pontificat et dans la tradition ignatienne, avant d’en examiner le cœur, qui est une réflexion sur les vertus de la littérature afin de bien saisir ce que le pape dit des rapports entre littérature et Révélation.
La physico-théologie à l’origine du créationnisme
Michel Siggen
La physico-théologie est un courant de pensée du début de la modernité qui tenta de démontrer l’existence de Dieu à partir des desseins et des fins que la nouvelle science expérimentale était capable de mettre en évidence dans l’étude de la nature. Cependant, la valeur de cette nouvelle discipline pose des difficultés car cette dernière tente d’appliquer des considérations philosophiques communes à des conclusions scientifiques, qui, en raison de leurs hypothèses méthodologiques excluant toute finalité immanente, ne supportent pas de telles considérations générales. C’est une erreur semblable que l’on peut retrouver dans le créationnisme qui apparaît à la fin du XIXe siècle.
Notes et lectures
Les Maritain et Rome
Julien Portal
Bibliographie
Jean-Michel Poffet, Comprendre la Bible avec Origène – Arnaud de Boissieu, Il prendra soin de moi, Récit d’un cheminement spirituel après un abus sexuel – François Daguet, Claire Leuridan (dirs.), Prêtres, prophètes et rois dans l’Église. Triplex munus – Etienne Dumoulin, Fondements pour une théologie de la miséricorde – Marie-Dominique Chenu, Trois retraites – Michel Nodé-Langlois, La Trinité, Tout simplement et pour tous – André-Jean Festugière, Les Moines d’Orient – Saint Augustin, Les Commentaires des Psaumes (Enarrationes in psalmos, Ps 61–67) – Saint Bonaventure, Commentaire sur l’Ecclésiaste – Bernard de Clairvaux, Les degrés de l’humilité.
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