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Éditorial. De Benoît XVI à François
Nova et Vetera
L’Éditorial revient sur la période exceptionnelle que l’Église a vécue entre le 11 février 2013, date de l’annonce par Benoît XVI de sa démission de l’exercice du ministère pétrinien, et le 13 mars suivant, jour de l’élection du nouveau Pontife romain François. Il le fait notamment, d’une part, en relisant le geste de Benoît XVI à la lumière de certains propos et actes tenus par le pape lui-même pendant les années de son ministère, mais aussi de certains documents du Magistère de l’Église dont la doctrine sur la vocation de Pierre a été exposée et commentée dans L’Église du Verbe incarné de Charles Journet. D’autre part, on souligne la continuité du pontificat de François par rapport à celui de son prédécesseur à partir de quelques notes que le cardinal Bergoglio avait écrites dans les jours précédant son élection et qui définissent avant l’heure l’orientation de son pontificat.
Efficience de l’Esprit et empreinte du Christ. La personnalité de l’Église dans l’œuvre de Charles Journet
Abbé Samuele Pinna
Charles Journet relève dans son œuvre principale, L’Église du Verbe incarné, que le Christ et l’Église constituent une unique personne, cette dernière étant toutefois non pas son corps individuel mais son corps social, son corps mystique. Ce rapport sponsal est rendu possible par l’Esprit Saint qui est la personnalité efficiente de l’Église : il est d’abord principe de l’Église par une présence d’efficience ; il la meut et la vivifie, il est son Principe personnel. L’Esprit Saint, principe responsable de la vie de l’Église, est la source même de la personnalité de l’Église. Journet s’inspire, à propos de ce dernier thème, de saint Thomas d’Aquin en approfondissant les pensées de H. Clérissac. La personne est, en effet, selon l’Angélique, une réalité ontologique, une substance de nature intellectuelle au niveau plus élevé d’individuation ; elle est ce qui fait d’un sujet pensant un sujet. La richesse de la pensée de Journet, dans un dialogue continu avec la réflexion métaphysique de J. Maritain, aide à approfondir, d’un point de vue théologique, la question ecclésiologique du Mystère de l’Église en tant qu’Épouse du Christ.
L’inhabitation de Dieu Trinité dans les justes
Gilles Emery OP
Par la grâce, Dieu se rend présent dans les justes en lesquels il « habite » comme en son propre temple. L’article présente la façon dont saint Thomas d’Aquin rend compte de cette présence d’inhabitation. Il situe d’abord l’inhabitation au sein des trois modes de la présence de Dieu dans le monde (omniprésence, inhabitation et incarnation), en notant l’originalité de saint Thomas. Puis, après un rappel d’éléments que saint Thomas reprend de ses devanciers franciscains, il présente les deux voies ou perspectives exploitées par Thomas d’Aquin pour rendre compte de l’inhabitation : la voie « descendante », qui regarde l’inhabitation à partir de Dieu Trinité comme principe ; et la voie « ascendante », qui envisage l’inhabitation à partir de la grâce sanctifiante et des dons de cette grâce. En montrant la cohérence et l’unité de ces deux voies, la conclusion les situe à nouveau au sein des trois modes de la présence de Dieu.
Continence et tempérance dans la Somme de théologie de saint Thomas d’Aquin
Abbé Cyrille Debris
L’incontinence explique souvent l’impression d’éclatement de la personne humaine ressentie par certains. Elle joue sur deux tableaux : le rationnel et le passionnel, l’universel et le particulier. La raison ne réussit pas à dominer pleinement la volonté (akrasia). L’incontinence implique une modification physique causant une passion excessivement intense qui s’oppose et distrait tout à la fois la personne de sa connaissance universelle habituelle. L’incontinent en souffre, au contraire de l’intempérant. Cela rejaillit donc différemment sur le rôle normal de la prudence. Au contraire, le continent résiste aux attaques de la passion mais y reste soumis. Quant à lui, le tempérant a totalement intégré toute sa sphère affective pour en contrôler l’énergie en l’appliquant à exercer le bien. La grâce fait passer de la vertu cardinale naturelle à la vertu infuse. L’essentiel est alors de disposer harmonieusement toutes les parties composant la personne humaine pour lui donner unité et ordre. Au fond, cette vertu permet à la forme de jouer ontologiquement pleinement son rôle, c’est-à-dire à l’âme d’informer pleinement le corps.
Laïcité : un principe théocratique ?
Michel Nodé-Langlois
La notion de laïcité est couramment opposée à toute conception théocratique de l’ordre public. Il est pourtant avéré que la distinction entre le pouvoir temporel de l’État et toute forme de pouvoir spirituel est un héritage de l’enseignement de Jésus de Nazareth : en affirmant avec force la distinction entre ce qui est dû à Dieu et ce qui est dû à César, il dénonçait d’une manière historiquement décisive la sacralisation du pouvoir politique qui fut le lot commun des civilisations antiques, et fut à nouveau celui des totalitarismes du dernier siècle. L’échec de ces derniers à imposer l’athéisme à leurs sujets, avant d’y convertir l’humanité entière, est sans doute une éclatante confirmation de ce que le principe de laïcité, loin d’être inspiré en profondeur par la volonté de mettre Dieu hors-jeu, en est au contraire un puissant antidote, autant qu’un rempart contre toute confiscation du pouvoir politique par une confession religieuse particulière.
Notes et lectures
Notes et lectures :
Marta Rossignotti Jaeggi, “Ontologie analytique et ontologie aristotélico-thomiste : une convergence possible ?”, NV 88 (2013/2), p. 241-247.
Bibliographie
Augustin philosophe et prédicateur, Hommage à Goulven Madec – Claude Vigée, Rêver d’écrire le temps, De la forme à l’informe – Franco Cardini, La société médiévale.
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