La Revue

Sa pensée

Théologien par vocation, Charles Journet considère toute chose du point de vue du mystère de Dieu, qui est "la cime infinie" à partir de laquelle tout s’éclaire. "Le mystère de Dieu donne leur profondeur à tous les autres. C’est selon que j’entre en lui qu’ils commencent de prendre pour moi leurs dimensions. [...] C’est vrai qu’on ne peut parler de Dieu. Mais aussi, qu’on ne peut se taire de Lui. Son Nom est caché sous tous les mots." (Connaissance et inconnaissance de Dieu, 1943)

L’œuvre tout entière de Journet, dans sa grande diversité, tient là le principe de son unité organique. C’est dans cette lumière qu’il édifie son vaste et puissant traité de l’Église issue de la Trinité qui vient à la rencontre de l’homme, mais aussi la part de son œuvre située au point de contact entre la paix immuable des choses de Dieu et les drames de l’histoire humaine. C’est dans cette lumière encore que s’éclairent son engagement et son rôle, durant la seconde guerre mondiale, dans la résistance spirituelle aux totalitarismes, tout comme son effort pour pénétrer les choses de ce monde du ferment évangélique, ou encore son dialogue avec les théologiens et la culture de son temps : autant d’aspects de son œuvre qui ont trouvé dans Nova et Vetera un lieu et un instrument privilégiés.

Vers la fin de sa vie, dans un regard rétrospectif qui embrassait son œuvre maîtresse, L’Église du Verbe incarné, mais plus largement tout son travail de théologien, Charles Journet écrivait : "Mon dessein a été d’entrer, autant qu’il m’était possible, dans la profondeur de pensée de celui que l’Église nous signalait comme le 'Docteur commun' [saint Thomas d’Aquin] – et de ses plus attentifs commentateurs –, persuadé qu’elle devait contenir la lumière qui, en continuité avec la tradition, en cohérence avec l’ensemble du message scripturaire, devait permettre de répondre aux questions les plus graves de notre temps, sans rien attendre des solutions faciles, sans atténuer le mystère, en cherchant au contraire à se perdre en lui pour en revenir moins aveugle." (Nova et Vetera, 1963)

De là vient le style de sa théologie, élaborée sous le ciel de la contemplation et nourrie de la sagesse des saints, sans rien sacrifier pour autant des exigences de sa démarche propre et de sa rigueur. De là aussi le souci constant de l’abbé Journet, dans son enseignement et par des retraites à de nombreux auditoires religieux et laïcs, "de montrer, très humblement, les voies où la foi contemplative doit librement s’engager" (Lettre à Paul VI, 19 janvier 1965).

Le compagnonnage intellectuel avec Jacques Maritain a été tout au long de sa vie un stimulant et un appui sans pareil.

Le cardinal Journet ne manqua d’apporter sa contribution au Concile Vatican II où certaines de ses interventions furent décisives, en particulier lorsqu’on traita de la liberté religieuse, de l’indissolubilité du mariage ou lors de l’élaboration de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes.