La Revue

Nova et Vetera, vol. 89, 2 / 2014

Nova et Vetera, n. 89, 2 / 2014

 

Le Synode sur le mariage et la famille

Nova et Vetera

Dans l’intention du Pape François, le Synode sur le mariage et la famille, qui doit se tenir en octobre, constituera un événement majeur, inscrit dans le dynamisme de la nouvelle évangélisation, elle-même correspondant à l’intention première du Concile Vatican II. Les problèmes qui se posent aujourd’hui au mariage et à la famille ne peuvent être abordés correctement qu’à la lumière de la voie de sainteté qu’ils représentent et dont le sacrement de mariage est le principe et le soutien. Après avoir rappelé que la communion de personnes que l’homme et la femme sont appelés à former selon le dessein de Dieu Créateur trouve sa vérité plenière dans l’Alliance du Christ et de l’Église dont les époux constituent une réalisation spécifique, l’Éditorial tente de relever certains des enjeux majeurs liés aux différents aspects de la crise du mariage et de la famille, mais aussi de suggérer quelques innovations pastorales qui pourraient aider à la surmonter.

 

La sanctification du Nom

X Georges Card. Cottier, OP 

En appelant Dieu Notre Père, nous disons notre confiance qui est celle de la foi et de l’espérance en sa sollicitude aimante. Cette paternité est fondatrice d’une relation qui nous pose dans notre identité : c’est parce que dans son Fils unique incarné nous sommes devenus ses fils adoptifs que nous pouvons nous tourner vers Celui qui est notre Père. Après avoir montré l’enracinement de cette relation dans la révélation vétérotestamentaire et son accomplissement dans la révélation de Jésus comme Fils unique du Père, l’auteur passe en revue les déclinaisons de la paternité divine dans la vie et l’histoire des hommes à partir de la paternité naturelle jusqu’à ses manifestations et parfois déviations au niveau de la vie culturelle, sociale et politique. Une correcte intelligence de la toute-puissance divine permet de fonder et d’éclairer la Providence du Père Tout-Puissant, qui est manifestée au plus haut point par son amour et miséricorde infinis.

 

Fides et foedus, la synergie entre foi et mariage

Sr Alexandra Diriart

L’affinité unissant l’alliance du mariage (foedus) et la foi (fides) manifeste la dimension fondamentalement sacrée du mariage - sacrée non seulement de par son origine mais aussi de par sa fin car la vérité du dessein de la création sur le mariage ne s’éclaire ultimement qu’à la lumière du Verbe Incarné et de son union à l’Église. L’auteure montre de quelle manière cette affinité ouvre des perspectives pour tenter d’éclaircir le rôle constitutif de la foi dans le sacrement de mariage sans tomber dans une mesure impossible (et arbitraire) du degré de foi des fiancés et sans dissoudre la notion même de sacramentalité. Le droit naturel au mariage n’est pas un droit vide de contenu, mais il est le droit à un mariage authentique selon la vérité du dessein de Dieu. Il appartient donc aux pasteurs, à travers une vraie préparation au mariage conçue comme partie intégrante du processus sacramentel (à la manière d’un catéchuménat) de vérifier et d’accompagner l’adhésion des fiancés à cette vérité du mariage voulu par Dieu. Suivant l’intuition de Benoît XVI, il apparaît alors que l’ouverture à Dieu et à son dessein peut être un critère de vérification de la réalité de cette adhésion. En ce sens, la fides permet le foedus et la vérité du foedus réclame la fides. L’auteure montre ensuite comment une telle synergie entre fides et foedus s’éclaire aussi à la lumière du sacrement de baptême et, en mettant à profit une intuition du cardinal Journet, elle ouvre une piste intéressante pour qualifier les unions civiles des baptisés. 

 

L’explicitation du réalisme noétique d’Aristote chez Thomas d’Aquin : un antidote à l’idéalisme ?

Nichel Nodé-Langlois

La compréhension thomasienne de la connaissance humaine peut être présentée comme l’approfondissement le plus rigoureux de la formule d’Aristote qui identifie l’intelligible en acte et l’intellect en acte. Cette proposition signifie assurément que l’intelligible abstrait de l’image des réalités sensibles n’existe actuellement, en tant que tel, que dans l’intellect et moyennant son activité spontanée de conceptualisation, alors qu’il ne se trouve qu’en puissance au sein des réalités conçues. Mais on peut aussi comprendre que cet intelligible en acte, autrement dit le concept, n’est rien d’autre que l’acte même par lequel l’intellect conçoit, c’est-à-dire ramène une diversité d’étants de même espèce à une même unité intentionnelle. La formule aristotélicienne paraît alors avoir l’intérêt d’interdire toute chosification du concept, dont saint Thomas a enseigné avec insistance qu’il n’était d’aucune manière, en première intention, l’objet de la connaissance (quod cognoscitur), mais seulement son moyen (quo cognoscitur). La chosification du concept commence lorsque l’on cesse d’y voir l’acte même par lequel l’intellect vise consciemment une multitude de réalités réellement semblables. C’est cette chosification qui est à l’origine des formes modernes de l’idéalisme, comme en témoigne à l’évidence l’œuvre de Descartes, dont l’innéisme a préparé l’apriorisme transcendantal de Kant.

 

L'espérance a-t-elle encore un avenir?

Bernard Schumacher

Après avoir abordé l’illusion née de la croyance à un progrès infini de l’histoire construit sur le refus de l’espérance chrétienne eschatologique, l’article présente deux propositions contemporaines pour ne pas sombrer dans le désespoir. La première défend l’espérance dans la création, grâce à la techno-science, d'un nouvel être humain ; la seconde suggère de ne s'intéresser qu'au seul présent et d’abandonner toute espérance. Toutes deux reposent sur une anthropologie du sujet performant et maître de lui-même et rejettent une anthropologie de la réceptivité et de la vulnérabilité. Elles vont également de pair avec le déplacement de la primauté de la raison vers celle de la liberté comprise dans un sens subjectif. L’article conclut en affirmant qu’un accès privilégié à l’espérance réside dans l’expérience de situations apparemment sans issue, dans lesquelles on est justement tenté de désespérer. Or telle est la situation du sujet postmoderne enfermé dans une « bulle » qui consiste à maîtriser le présent autant que soi, en accordant une primauté à une liberté qui n'a pas d’autre contrainte que ce qu’elle se choisit. L’expérience de la confrontation à des situations sans issue qui incite à désespérer est paradoxalement celle qui permet de faire éclater cette « bulle » et de s’ouvrir ainsi à une radicale altérité, et donc à l’espérance. Une telle espérance n’est pas de celles que le sujet actualise par ses propres forces, mais de celles qui relèvent du don et dont l’espérance chrétienne eschatologique est l’archétype.

 

La plénitude des moyens de salut

Guy Boissard 

Comment ma foi en les merveilles de Dieu, en la Trinité, en l’Incarnation, en la Rédemption, en la Résurrection va-t-elle se concrétiser dans ma vie de tous les jours ? Comment puis-je prétendre à la sainteté alors que je me retrouve avec mes défauts, mes péchés, peut-être des péchés graves sur ma conscience ? Comment puis-je agir aujourd’hui, demain, après-demain pour répondre à la volonté de Dieu dont on me dit qu’elle ne souhaite que mon bonheur, et le bonheur de tous les hommes ? L’auteur tente de répondre à ces questions cruciales de la vie chrétienne en parcourant les instruments de la grâce divine que sont les sacrements, grâce que le Christ nous a acquise pas sa passion, mort et résurrection et que seule nous reintroduit pleinement dans l’amitié avec Dieu.

 


 

Notes et lectures

Bibliographie

Lumières de la sagesse, écoles médiévales d’Orient et d’Occident, sous la direction d’Eric Vallet, Sandra Aube et Thierry Kouamé – Dominique Barbet-Massin, L’Enluminure et le sacré, Irlande et Grande-Bretagne VIIe-VIIIie siècles – Œuvre de Richard de Saint-Victor 1, De Contemplatione (Beniamin maior), par Jean Grosfillier – Cluny, Les moines et la société au premier âge féodal, sous la direction de Dominique Iogna-Prat, Michel Lauwers, Florian Mazel et Isabelle Rosé – Virgile, Énéide, illustrée par les fresques et les mosaïques antiques, Traduction rythmée de Marc Chouet.