La Revue

Nova et Vetera, vol. 93, 4 / 2018

Nova et Vetera, n. 93, 4 / 2018

 

Éditorial : Relativisme et fin de vie

François-Xavier Putallaz

La Suisse voit exploser le nombre de suicides assistés par la médecine : de 2003 à 2017, elle a passé de 279 à 1242 actes de "suicide assisté". Jusqu’ici, la plus haute instance morale en matière médicale, qui avait admis exceptionnellement de justifier de tels actes, avait fermement tenu que "l’aide au suicide ne fait pas partie de l’activité médicale, car elle est contraire aux buts de la médecine". En 2018, cette Académie des sciences médicales vient d’ouvrir tout grand les portes à un dangereux relativisme : "Dès lors, chaque soignant doit décider lui-même si, pour lui, cette assistance est conforme aux objectifs de la médecine ou non". L’effet en est dévastateur. Heureusement, les médecins eux-mêmes viennent de refuser ces directives.

 

La « kénose » chez saint thomas d’Aquin

Gilles Emery, OP

Thomas d’Aquin prête une grande attention à la kénose (“il se vida lui-même”: Ph 2,7) qu’il associe à son interprétation de Jn 1,14, Col 2,9 et 2 Co 8,9. Cet article présente d’abord l’exégèse de Ph 2,6-8 dans le commentaire de Thomas d’Aquin sur saint Paul, puis il apporte des compléments, tirés d’autres œuvres de saint Thomas, sur la kénose ou exinanitio du Fils. Une troisième partie offre un bref aperçu des “processions” et des “missions” trinitaires, ainsi que de la création, afin de clarifier le sens thomasien de la kénose. Enfin, puisque la théologie contemporaine s’emploie souvent à fonder la kénose du Fils dans la vie intra-trinitaire, une dernière partie montre de quelle manière Thomas d’Aquin, en référence à Ph 2, rattache la kénose du Fils au mystère trinitaire. La conclusion fait observer une grande proximité de l’exégèse thomasienne de Ph 2,7 avec les premières questions de la Tertia Pars de la Somme de théologie traitant le mystère de l’incarnation.

 

Le sacrement de mariage. Quel don pour la vie consacrée ?

Alexandra Diriart, CSJ

 

Une correspondance romaine au temps de Vatican II. Les lettres adressées par le P. Labourdette au P. Leroy (1962-1965)

Augustin Laffay, OP

Consulteur de la Commission théologique préparatoire du Concile Vatican II puis expert de cette assemblée, le théologien toulousain dominicain Michel Labourdette accompagna l’ensemble des sessions conciliaires de 1962 à 1965, séjournant à Rome, à l’Angelicum. Après avoir mis par écrit quelques souvenirs de la première session, il semble avoir renoncé à tenir de manière régulière un journal. Seize lettres adressées par lui au directeur de la Revue thomiste, le Père Marie-Vincent Leroy, entre le 3 novembre 1962 et le 14 novembre 1965 livrent impressions et préoccupations du moraliste confronté à une expérience ecclésiale unique. Confiant en son destinataire, il témoigne de ce qu’il voit, livre ses interrogations et révèle certaines évolutions.

 

De Paul de Tarse à Jean de Patmos : la vie théologale à l’épreuve du temps

Jean-Michel Poffet, OP

Dans la première lettre aux Thessaloniciens, saint Paul s’émerveille de la conduite de cette communauté : l’œuvre de leur foi, le labeur de leur amour, la constance de leur espérance (1 Th 1, 2). Dans des termes très proches, Jean de Patmos évoque la conduite de la communauté d’Éphèse : "je sais tes œuvres, ton labeur et ta constance" (Ap 2, 2) mais dans un contexte plus critique : y manque l’amour premier. Dans le premier comme dans le dernier écrit du Nouveau Testament, c’est dans un contexte de prière et d’écoute de la Parole qu’une communauté s’émerveille du don de Dieu ou est appelée à le redécouvrir face à la routine et à l’oubli.

 


 

Notes et Lectures

« Une école de théologie ». Les Œuvres Complètes de Charles Journet (2)

Michel Cagin, OSB

Prise dans sa totalité, sa diversité et son unité, l’œuvre de Charles Journet se perçoit comme une “école de théologie”. Elle embrasse tout le domaine de la théologie et porte sa lumière jusque dans le champ de la culture et des choses de la cité. Les Œuvres Complètes donnent accès à cette école. On présente dans cette chronique les volumes XII à XV qui couvrent la décennie 1948-1958, années de labeur fécond et de maturité. On met l’accent sur quelques thèmes fondamentaux de l’œuvre et sur quelques traits essentiels au travail théologique tel que Charles Journet l’a exercé.

 

Bibliographie

Nicolas de Cues, La chasse de la sagesse et autres œuvres de philosophie tardive ‑ Pic de la Mirandole, Les 900 conclusions ‑ Abbé Grégoire, Les Ruines de Port-Royal des Champs ‑ Søren Kierkegaard, Œuvres I et II ‑ Farhad Khosrokhavar, Le nouveau jihad en Occident.