Fermement convaincu que seul le mystère de Dieu permet de saisir la vraie profondeur de toutes choses, c’est dans cette lumière que l’œuvre de Charles Journet s’est étendue au-delà des frontières théologiques pour se situer également au point de contact entre la révélation des desseins de Dieu et les drames de l’histoire humaine. Dans le même esprit, Nova et Vetera aborde et essaye de répondre « aux questions les plus graves de notre temps, sans rien attendre des solutions faciles, sans atténuer le mystère, en cherchant au contraire à se perdre en lui pour en revenir moins aveugle » (Nova et Vetera, 1963). Ainsi, comme autrefois par certains éditoriaux courageux de Charles Journet durant la guerre, aujourd’hui encore, par ses éditoriaux abordant des questions d’actualité, telles que la nature du mariage, l’idéologie du Gender, l’euthanasie, la défense des droits de l’homme, les problèmes naissant de la culture post-moderne, etc., Nova et Vetera se retrouve à exercer le même acte de résistance spirituelle et de discernement chrétien au cœur des nuits qui traversent l’esprit et l’histoire de l'homme. 

Charles Journet est d’abord un théologien disciple de saint Thomas. Avant d’aborder les questions d’ecclésiologie, il a pensé à un ouvrage sur l’Eucharistie. Le choix du sujet n’est sans doute pas indifférent au contexte romand qui subit fortement l’influence du libéralisme protestant. Il s’intéressera aussi aux premières formes de l’œcuménisme. Il est conscient de la nécessité d’une affirmation claire de la doctrine de la foi. Plusieurs de ses articles seront ensuite publiés en opuscules qui n’ont rien perdu de leur pertinence. Avec Maritain et ses amis il s’intéresse aux problèmes des religions non chrétiennes. Avec un instinct remarquable il a su profiter de la présence à l’université de Fribourg de grands maîtres comme le Père Francisco Marin-Sola OP, le Père Ernest-Bernard Allo OP, et plus tard le Père Jean de Menasce OP.

Au seuil du premier numéro de Nova et Vetera, Charles Journet cherchait à dire « de quels yeux nous voulons regarder le monde ». Pour lui, ce regard était aussi celui de la poésie et de l’art. « Ils tiennent les chemins qui font accéder bien des hommes au monde de l’esprit. » Ils le font par des œuvres inscrites dans le temps, mais qui transcendent le temps. Ils illuminent le sensible et la matière en faisant dire aux mots, aux couleurs et aux sons des choses qu’ils n’ont jamais dites. Dans ses plus pures profondeurs, dans ses sources cachées, la poésie peut, à certaines heures et sans transgresser ses frontières, laisser deviner une clarté venue de l’autre côté des choses. Plus souvent elle en sera un lointain et obscur pressentiment, une nostalgie en terre d’exil. D’une manière ou d’une autre, elle sera toujours chez elle dans Nova.

"La vie mystique, c’est la vie de l’Évangile vécue à une certaine profondeur", disait Charles Journet. Sommet de la sagesse chrétienne, elle couronne l’humanisme intégral, ouvert à toutes les dimensions de l’homme, qui est celui de Nova et Vetera. Dans cette perspective, la revue a publié nombre de pages spirituelles : textes des grands maîtres spirituels, études sur ces auteurs, sans exclusivité d’école, réflexions sur des questions de la vie intérieure, brèves méditations pouvant nourrir la contemplation des mystères de la foi. Dans tous les cas on cherchera à être fidèle à l’esprit que définissait Charles Journet, lorsqu’il disait encore : "Pas des choses délayées, mais des choses intenses".

Dès le début Charles Journet est pleinement entré dans l’intuition de Léon XIII recommandant l’étude de saint Thomas. À la philosophie de l’être il demandera les lumières lui permettant une confrontation avec les courants de pensée de l’époque, en Suisse romande, notamment. S’il est tributaire des ouvrages du P. Garrigou-Lagrange, le souci de confrontation est une marque de son esprit. Dans ses chroniques il est attentif aux questions liées à la science comme celle de l’évolution, ou, dans un autre domaine, à la doctrine de la loi naturelle, qui est au cœur de ses éditoriaux du temps de guerre, dont le recueil Exigences chrétiennes en politique est un grand témoignage de la résistance spirituelle contre les totalitarismes. La familiarité avec la pensée de Jacques Maritain sera un stimulant constant à l’attention aux problèmes nouveaux.