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Le Numéro 4 (Vol. 86, octobre-novembre-décembre 2011)
paraît fin
novembre.
 

Au sommaire :

Éditorial : La dignité du mourir
Nos sociétés subissent, à travers des bouleversements à l’échelle mondiale, un changement au niveau des convictions et des valeurs culturelles qui sont à leur fondement. On peut qualifier ce changement de crise de l’humanisme. Il consiste en la substitution de la reconnaissance de la nature humaine et de sa force normative par l’exaltation idéologique de l’individu et de sa liberté. En conséquence, pour tout ce qui touche les droits de l’homme et la vie sociale, on ne peut ni ne doit plus se référer à la vérité de l’homme, dont la conscience est au fondement de l’humanisme. La formule : chacun a sa vérité contient en réalité la négation de la vérité.
Il en découle le risque que, pour respecter le pluralisme, on respecte ou choisisse la voie du plus petit dénominateur commun par une législation en consonance avec le matérialisme pratique de nos sociétés sécularisées. Ainsi en ce qui concerne la mort : il n’y a pas d’autre vie que celle d’ici-bas et la mort signifie sa fin purement et simplement. Mourir n’est plus intégré à la destinée de la personne. Quant à la souffrance, elle devient le mal essentiel, contre lequel la mort voulue constitue le dernier recours. Dans une telle optique, les traditions philosophiques et religieuses, qui affirment l’immortalité de l’âme et une destinée éternelle de la personne, sont mises hors-circuit, alors que la justice et l’honnêteté exigent que leur message soit présent dans l’élaboration de la problématique. 

 

Foi et anthropologie - La contribution de l’anthropologie à l’analyse de la foi
Georges, card. Cottier, o.p.
C’est l’intelligence qui est déterminée par l’objet de la foi. La foi est une connaissance. Cependant cette détermination ne provient pas de la vision de l’objet connu, mais de la vision de celui à qui on accorde foi. Parce que l’intelligence du croyant n’a pas la vision directe de son objet, la connaissance de foi ne possède pas la perfection que donne la science, au sens aristotélicien de savoir où l’intelligence est déterminée par son objet, parce qu’elle le voit ou parce qu’elle le saisit à la lumière des premiers principes. A la connaissance de foi manque donc la perfection due à l’intuition ou à la démonstration. Il reste que, si sous un certain rapport la foi est inférieure au savoir, absolument parlant, la connaissance de foi l’emporte ici-bas sur toute connaissance. Voilà ce que l’auteur voudrait mettre en évidence en partant de deux textes de saint Thomas.

 

Lumières et ombres de la direction spirituelle: l’expérience de Jacques et Raïssa Maritain
Michel Cagin, osb

Les Maritain ont éprouvé très tôt le besoin d’être aidés et guidés spirituellement. Ce besoin est lié à l’appel qu’ils ont ressenti dès leur baptême à avancer dans les voies d’une vie donnée à Dieu. Il faut en effet se rappeler la place déterminante qu’ont tenue, dans leur marche vers le christianisme et dans leur adhésion à la foi chrétienne, la vie intérieure, le témoignage des mystiques et l’appel à la sainteté. Aussi, lorsqu’ils sont devenus chrétiens, ayant en eux la grâce baptismale qui ne demande qu’à s’épanouir en vie d’union à Dieu et en sainteté, ils se sont interrogés sur l’orientation concrète à donner à leur vie pour répondre à cet appel et aux exigences qu’il comporte. D’autre part, la fréquentation des saints et des amis de Dieu leur a appris l'opportunité d’être accompagnés sur ce chemin. D’où l’importance extrême qu’ils attribuent au directeur spirituel. L’auteur rassemble librement dans ces pages quelques données de l’expérience des Maritain et quelques unes des réflexions qu’ils ont pu tirer de cette expérience.

 

Charles Journet, biographe de saint Nicolas de Flue

Jacques Rime

Charles Journet est l’auteur d’une biographie sur le saint national de la Suisse. Le saint ermite est incontournable pour le futur cardinal. Dans cet article, l’auteur présente les deux versions de cette biographie de Nicolas de Flue et en tire quelques enseignements sur l’œuvre du théologien en cherchant à comprendre comment celui-ci entra en contact avec le saint patron de la Suisse.

Charles Journet ne faisait pas œuvre érudite. Il voulait que sa biographie soit « pour tout le monde ». Pour Charles Journet, Nicolas de Flue est d’abord une figure religieuse. Le personnage le fascine par sa consécration totale à Dieu, sa prière, ses visions, dans lesquelles apparaît son amour pour la Sainte Trinité. Il reconnaît en lui une « poussée mystérieuse » de la grâce, le faisant passer par étapes jusqu’au don « au delà des frontières de son propre moi ». Comme deuxième grand élément du message de Nicolas de Flue, Charles Journet retient son influence sur la cité, notamment par son message pacificateur transmis à la Diète de Stans concernant l’élargissement de l’alliance confédérale : « C’est l’esprit de l’Évangile au lieu de l’esprit de Machiavel. C’est le miracle de la politique chrétienne. » L’abbé écrivait cela au milieu de la guerre, au moment où il condamnait les totalitarismes dans ses publications et homélies.

 

Pourquoi promettre ?

Piotr Lichacz

Beaucoup de penseurs dans l’histoire ont parlé du besoin de tenir ses promesses. Et c’est un des rares points sur lesquels la plupart des gens sont d’accord, à savoir que c’est une bonne chose d’être fidèle à sa promesse. Comment cela se fait-il que les promesses obligent ou, autrement dit, d’où découle leur force normative ? Le thème de la promesse est pluridisciplinaire, particulièrement difficile à traiter, mais en même temps éminemment utile.

L’auteur restreint son approche en tant que théologien-moraliste, réfléchissant sur la question: pourquoi promettre ? Quel avantage à s’engager par des promesses ? Ainsi l’on touche l’un des aspects de la tendance personnelle à la perfection, l’aspect subjectif, l’aspect d’auto-perfection, grâce auquel nous devenons habiles à faire des promesses et à les tenir.

  

La maîtrise de la mort humaine au cœur du débat sur l’obstination déraisonnable et l’euthanasie

Bernard N. Schumacher

S'appuyant sur une vaste documentation, l'auteur présente une analyse critique de l'attitude de la société occidentale devant la mort. Afin de se libérer de la crainte de la mort, considérée comme l'ennemi par excellence du sujet autonome et indépendant, l’homme contemporain essaye de la contrôler en devenant maître et possesseur de la nature. Cela s'exprime par l'élimination du sujet porteur d'une pathologie sous prétexte que sa vie serait dépourvue de qualité, ou par un contrôle thérapeutique conduisant à l'obstination déraisonnable ou à un traitement disproportionné. En réaction à cette mainmise sur la mort personnelle par le pouvoir biomédical, s'est faite jour la revendication du choix autonome du sujet à s'auto-délivrer, selon laquelle la personne agonisante a le droit de déterminer son propre destin en décidant d'une décision du moment de l'irruption de la mort..

Ces deux attitudes reposent sur une anthropologie largement répandue caractérisant la personne humaine par une dualité, soit : une pure conscience indépendante distincte de la substance corporelle singulière.

Nous sommes en présence d'une compréhension de la liberté dite absolue qui se confond avec l'expansion indéfinie des intérêts et des désirs du sujet que la société se devrait de respecter. Cette revendication de l'autonomie souveraine absolue va jusqu'à nier l'existence d'une dignité ontologiquement fondée et d'actions morales intrinsèquement mauvaises ou bonnes. La logique de la maîtrise est au cœur de la compréhension contemporaine de la mort. Un des défis sous-jacents à l'actuel débat thanatologique consiste tout particulièrement à reposer la question anthropologique.

 

L’Univers sans Dieu de Stephen Hawking

Michel Siggen

Dans son dernier livre, The Grand Design, Stephen Hawking expose d’une façon vulgarisée sa conception d’un Univers sans Dieu. Ce célèbre physicien et cosmologiste anglais nie la nécessité de recourir à un Dieu créateur pour expliquer l’apparition de l’Univers. Michel Siggen se propose d’exposer brièvement la thèse et l’argumentation principale développée dans cet ouvrage. Il indiquera également quelques problèmes philosophiques que cette argumentation soulève. Il note chez Hawking une confusion entre le commencement temporel et l’origine qui suppose une dépendance dans l’être. La création de Hawking présuppose l’existence des lois physiques ; l’effet de cette création est un changement dans lequel apparaissent des objets mesurables et quantifiables. La Création divine ne présuppose rien : elle ne présuppose aucune loi et aucun autre être en dehors de l’être divin lui-même ; l’effet de la Création divine est l’être même de tous les êtres de l’Univers. Ainsi, les lois fondamentales dont parle Hawking appartiennent à l’œuvre même de la Création divine ; elles ne sont pas Dieu, même si elles décrivent universellement l’ordre des changements de toutes les parties de l’Univers matériel.

 

Les trois mystères de Noël

Guy Boissard

A Noël est célébré le mystère de l’Incarnation: le mystère de la grande descente de la Parole de Dieu, de Dieu lui-même qui vient à notre rencontre. Noël commémore le jour de la naissance de Jésus. Mais l’irruption du Très-Haut dans le monde des êtres humains a commencé lorsque l’ange Gabriel a visité Marie pour solliciter son adhésion au plan divin conçu pour le salut de toute l’humanité. L’action de l’Esprit Saint en elle a rendu effective la présence de Dieu au sein d’une nature humaine. Ainsi c’est toute la période qui a précédé Noël depuis le jour de l’Annonciation qui est l’objet de notre méditation sur ce mystère. La lecture de ces textes évangéliques nous fait admirer non seulement l’immense bonté de Dieu manifestée par l’Incarnation de son Fils mais nous dévoile déjà d’autres mystères divins.

 

Quelques pages bibliographiques complètent ce numéro.