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Geneviève Fondane
Une vie vouée au mystère d'Israël

par Michel CAGIN, OSB

   
 

(Nova et Vetera, N° 1-2, janvier-juin 2003)

   

 

 

«...Il faut avoir été Israël, ou s'être penché
 avec un particulier amour sur Israël,
 pour en pénétrer l'incommensurable, et le mystère,
 et le déchirement.» 

Geneviève Fondane à Jacques Maritain,
19 octobre 1945  

       On ne cherchera dans ces pages rien de nouveau. Seule la lettre que nous publions à leur suite est inédite. Nous avons seulement tenté de retracer dans sa vérité, sa pureté et sa densité le témoignage que Geneviève Fondane a laissé de sa vocation et de son itinéraire, à travers ses lettres à ses amis (en particulier à Jacques et Raïssa Maritain) et quelques notes intimes[1]. Cette esquisse n'a d'autre ambition que de vouloir faire connaître ce témoignage discret et prenant, en sachant que de toutes façons il trouvera son chemin, sans bruit, vers ceux qui sauront le reconnaître et le comprendre.

 *

        Geneviève Fondane (née Geneviève Tissier, en 1904) a confié avoir très tôt, dans son enfance, ressenti l'appel de Dieu sur elle et avoir reçu «des grâces de prière et de vie intérieure» qui mettront pour toujours dans son âme un besoin d'absolu et un attrait singulièrement profond pour la contemplation. Cet appel prendra de plus en plus la forme d'un appel bien précis à la solitude avec Dieu seul, à la solitude où Dieu est tout et demande le tout de l'âme pour se donner «à l'excès». Elle ne cessera pas d'en éprouver l'exigence impérieuse («cette exigence terrible de Dieu», «la jalousie de Dieu sur moi», dont elle parlera souvent), alors même qu'elle suivait - pensait-elle - d'autres voies et croyait s'en détourner. Elle le retrouvera à l'autre bout de sa vie brève et intense, lourd de tout ce dont cette vie aura chargé son cœur magnanime et généreux.

        «Seigneur - note-t-elle dans son Journal en 1946 - (...), je me présente devant vous en tenant fermement tous ceux que je ne veux pas lâcher, tous ceux que je veux précipiter avec moi: les juifs, les communistes, les autres... Me voici avec eux tous, et j'éprouve moins d'angoisse. Mon Dieu, je ne serai seule devant Vous, seule avec Vous, que lorsqu'ils auront passé devant moi, lorsque je Vous les aurai jetés, et que Vous les aurez pris.» 

*

        Très tôt également elle avait connu «un désir fou d'amour humain», qui contrariait en elle les exigences exclusives que l'amour de Dieu peut avoir dans une vie. La sienne serait ainsi marquée à sa manière par les combats d'un cœur humain aux prises, dans sa liberté, avec les différents amours qui le réclament tout entier.

       En 1926 elle rencontre le poète et penseur juif venu de Roumanie, Benjamin Wecsler, connu sous le nom de Benjamin Fondane, qu'elle épouse en 1931. Elle trouva dans cet amour le bonheur humain. Elle s'ouvrit à la pensée existentielle de Fondane, dans la lignée de Kierkegaard et de Chestov. Mais plus profondément encore, dans le poète de l'exil et de l'errance du peuple juif, elle rencontra et, si l'on peut dire, épousa le mystère d'Israël, sa destinée singulière et irréductible. À travers la quête philosophique, à travers la poésie, l'un et l'autre aspiraient à une expérience religieuse vraie. Ils y étaient en réalité déjà engagés. Ils allaient être conduits jusqu'au bout.

       Une amitié s'était nouée véritablement entre Benjamin Fondane et les Maritain en 1936 sur le bateau qui les ramenait d'Argentine. Cette amitié est bientôt partagée par Geneviève, pour qui elle sera décisive. Peu après la déportation de son mari et son retour à la foi catholique, elle notera, en pensant aux années d'avant-guerre: «Dans ma nostalgie du catholicisme, influence non négligeable des Maritain, de l'atmosphère de pureté et de ferveur qui les entoure et où je me sentais bien.» 

*

        Benjamin Fondane, ayant pris la nationalité française en 1938, est mobilisé en février 1940. Geneviève et son mari sont séparés. «C'est dur d'être éloignés si peu que ce soit les uns des autres, quand on voudrait tant vivre ensemble les angoisses, les espoirs, les dangers... Mais nous ne devons pas nous plaindre. Qu'est notre séparation en comparaison du cauchemar d'angoisses et de souffrances que vivent d'autres...» (26 mai 1940). Elle ajoute: «(Mon mari) est plein de confiance, de foi, dans l'issue d'une guerre qui met en jeu plus que nos vies.»

       En juin, Fondane est fait prisonnier à Sens. Il s'évade. Il est repris deux jours plus tard, puis libéré pour raisons de santé et soigné au Val-de-Grâce. Les démarches entreprises par Maritain dès juillet 1940 pour le faire passer aux États-Unis resteront vaines. Fondane vit les années de l'occupation à Paris, dans son appartement de la rue Rollin sur la Montagne Sainte Geneviève, non loin des Arènes, avec sa femme et sa sœur, refusant de porter l'étoile jaune.

       En mars 1944, il est dénoncé comme Juif et arrêté avec sa sœur Line. Tous deux sont envoyés au camp de Drancy. Des démarches de ses amis Paulhan, Cioran et Lupasco auprès de l'occupant obtiennent sa libération, mais non pas celle de Line. Fondane refuse d'abandonner sa sœur. Le 30 mai, ils font partie du dernier convoi vers Auschwitz, à la place de déportés en provenance de Marseille dont le train n'était pas arrivé.

       Pour Geneviève, le drame qui commence en ce printemps1944 est le drame de la séparation, de l'inquiétude et de l'angoisse pour le sort de son mari et de sa belle-sœur. C'est en même temps une nuit intérieure où elle lutte avec son Dieu, et qui débouchera, à quel prix, sur son retour à la foi.

       «Crise définitive en mars 1944, provoquée par l'arrestation de mon mari...Tout d'abord, je subordonne ma conversion à la libération de mon mari et de ma belle-sœur. Puis l'idée de ce marché me répugne. La situation de mon mari empire, mais je rejette de plus en plus l'idée de voir, dans la grâce que Dieu m'accorderait en le libérant, un signe de la vérité du catholicisme, et dans ma conversion un acte de reconnaissance envers Dieu. Dieu ne me doit rien... alors que je lui dois tout.»[2]

       Ainsi, pour Geneviève Fondane, la croix qui entre dans sa vie et les liens qui l'attachent indéfectiblement à Israël sont inséparables dans son retour à la foi.

       «J'ai lu et relu le si beau et si douloureux poème de Madame Maritain, - confie-t-elle à Jacques Maritain qu'elle a revu à Paris en novembre 1944 et qui lui a donné à lire le poème de Raïssa, Deus excelsus terribilis -. Combien il me touche! Oui je connais cette interrogation désespérée, je connais cet écroulement de tout, devant une souffrance si innommable, devant tant d'horreurs, que rien, aucune de nos explications, aucune consolation, ne sont plus valables. Et Dieu, qui sait, se tait. Combien de nuits ai-je passées à me heurter contre ce mur, ne pouvant que me cramponner aveuglément à Dieu, du fond de l'abime.» (27 novembre 1944)

       «Dieu ne me doit rien... Je lui dois tout.»

       Rarement la pureté du motif formel de la foi a été vécue dans une telle absolue et déchirante nudité. C'est la foi d'Abraham, espérant contre toute espérance. «Jusqu'à quelle profondeur Dieu nous demande-t-il de lui faire confiance, de croire à son Amour!»[3] Il ne faudra pas à Geneviève une foi moins épurée pour traverser et assumer l'épreuve qui est encore à venir.  

*

       Vient la Libération. Les démarches multipliées pour tenter de retrouver son mari, sa belle sœur, ou au moins leurs traces. En vain. Et les mois passent. 19 janvier 1945: «Toujours la même angoisse au sujet de mes absents.» Pourtant elle garde une espérance tenace, folle, d'un retour de plus en plus improbable.

       24 mai 1945: «Les jours passent, passent, les listes des libérés s'allongent, le rapatriement s'accélère, et je ne sais toujours rien de mon mari, rien de ma belle-sœur, absolument rien... Par contre, les motifs de se torturer semblent ne pouvoir prendre fin.» C'est l'obsession de tout ce qui s'est passé dans les camps. Le traitement des déportés mis en quarantaine par les alliés dans des conditions alarmantes et, malgré les interventions de hautes personnalités, le silence des autorités russes qui ont libéré les camps d'Auschwitz et de Birkenau. Le 23 juin, Geneviève ne peut cependant s'empêcher d'écrire encore: «Merci d'avoir publié le poème de mon mari. Il en sera heureux à son retour.»[4] Et le 31 juillet: «Depuis longtemps j'ai envisagé le pire. Si mon mari revient, ce sera une résurrection d'entre les morts. Si j'espère encore, c'est que je sais que Dieu peut faire ce miracle. C'est aussi qu'humainement l'espoir est incroyablement tenace et se nourrit de rien.»

       Pendant tout l'été 1945, l'«attente horrible» est entretenue par des témoignages sans réels fondements. Selon un déporté rapatrié, Fondane se serait trouvé à Auschwitz en novembre 1944, ayant bon moral, aurait été transféré début 1945 à Flossenburg où ce témoin l'aurait vu en mars. «...Il ne m'a absolument rien rapporté de mon mari, pas un mot, pas un geste significatif, pas le moindre message. Mais les seules images physiques évoquées suffisaient à être intolérables. Je n'ai pu y échapper qu'en criant à nouveau à Dieu que j'offrais de partager toutes les souffrances de mon mari. C'est ce qui me laisse le "droit" de vivre et de dire que je l'aime.» (18 juillet 1945).

       Elle est hantée et torturée par la pensée des souffrances qu'ont eu à endurer son mari et sa belle-sœur, les imaginant «en proie à des hommes capables de leur faire perdre leur personnalité, leur contrôle d'eux-mêmes». Peu à peu, et avec l'aide de Jacques Maritain, son âme se pacifie, s'abandonne au travail secret de la grâce de Dieu («il y a aussi les moments, fugitifs, où je me sens façonnée, portée - et il y a aussi toutes ces choses qui s'éclairent brusquement ou au fur et à mesure, et qui m'éblouissent; tout particulièrement, de plus en plus, une non-résistance à la souffrance», 1er mai 1945). Maritain l'a encouragée et l'encourage encore, quand après cela Dieu de nouveau se cache, à faire un «acte de foi absolu» - dans la ligne de celui de sa conversion -: «Laissez-vous faire, Dieu vous conduit lui-même. Fermez les yeux, dans un grand acte de foi, sur toutes les horreurs décrites par la radio et par les journaux. Soyez sûre que quoi qu'il ait pu arriver, Dieu a entouré et soutenu Benjamin et sa sœur de ce même amour souverain qu'il a eu, qu'il a pour vous. S'il vous fait sentir en vous cette action de sa grâce, c'est pour vous donner une preuve qu'il a enveloppé d'elle, avec plus de tendresse encore, ceux qui étaient abandonnés des hommes et que vous chérissez.» (7 mai 1945).

       Geneviève s'offre elle-même chaque jour pour que le suprême abandon des siens se soit retourné en la rencontre comblante avec le suprême amour, - rencontre qu'elle n'hésite pas à appeler et à décrire en termes d'«expérience mystique».

       «Pour moi toute la lutte est dans ces deux réalités: d'un côté, cette souffrance inhumaine, et les images crues, odieuses, qui m'assaillent de toutes parts; et de l'autre côté, toute ma foi tendue vers la conviction, la certitude de l'amour infini et dévorant de Dieu fondant sur mon mari, sur sa sœur, les enveloppant, les brassant, les pénétrant, ne faisant qu'un avec eux, fût-ce même à leur insu. La souffrance à son paroxysme, la chute dans le gouffre; mais c'est la chute dans l'amour infini de Dieu. Vous m'avez dit de faire cet acte de foi. Que Dieu m'aide à le faire, toujours, toujours. À leur insu? Je ne crois pas. Tant de poèmes où mon mari a mis toute sa tension d'âme, me disent qu'il était prêt pour une expérience mystique.» (18 juillet 1945).

       «Chère amie, lui redit encore Maritain sans avoir reçu sa lettre, que pouvez-vous faire sinon vous retrancher dans la foi et fermer les yeux, accepter la grande nuit avec la certitude absolue que quoi qu'il ait pu arriver Dieu a pris soin de lui et d'elle et veillé sur la perfection de leurs destinées et aimé leurs âmes plus encore qu'il n'a aimé la vôtre, - et desserrer les mains, laisser tomber tout ce désir de savoir qui vous brûle et vous consume, et même ce désir et cet effort de les aider par vos propres souffrances, et tout ce tourment que vous vous infligez. Laisser tout tomber, les remettre, les donner parce que vous êtes sûre qu'ils sont aimés et aidés absolument, et que vous ne pouvez pas mieux les aider qu'en les donnant ainsi par un suprême amour. Et vous contenter (quel mot! pardonnez ma maladresse) d'être là présente, en croix, offerte vous-même, espérant mais comme Abraham, prête à la grande joie s'ils reviennent et quand ils reviendront, mais désormais sans vous tendre au-delà de vos forces et sans vous débattre, dans le calme déchirant et ténébreux, mais étoilé par la Foi, du sacrifice consommé.» (19 juillet 1945) 

*  

       À travers sa souffrance, Geneviève est comme connaturalisée à Israël, à la figure nouvelle de son mystère et de sa destinée qui lui advient en ce XXe siècle. Elle voit aussi que beaucoup autour d'elle n'ont pas compris vraiment la signification de ce que vient de vivre Israël dans sa chair et plus encore dans son âme.

       «Il me semble que malgré toute la chaleur de compassion et de compréhension que mettent les meilleurs amis à entrer dans la souffrance des Juifs, il faut avoir été Israël, ou s'être penché avec un particulier amour sur Israël, pour en pénétrer l'incommensurable, et le mystère, et le déchirement.» (19 octobre 1945)

       Maritain a fait une expérience analogue, de façon peut-être plus amère, dès son premier retour à Paris en novembre 1944:

       «Il y a une chose que littéralement je ne peux plus supporter, qui me tue, écrit-il alors à Charles Journet, c'est cet antisémitisme qui fermente encore et qui sans doute va grandir encore. Ils n'ont pas compris la tragédie divine, l'horreur sacrée de ce golgotha d'un peuple, même quand ils les ont aidés en risquant leur vie pour eux. La question reste posée pour eux en termes ignoblement humains. Pour moi il me semble que j'ai épousé le destin d'Israël, et il me semble que je serai désormais un Juif errant, sans pierre pour reposer ma tête. Spirituellement l'exil n'est pas fini.»[5]

       Cette étreinte de Dieu dans l'enfer des camps s'est-elle faite à leur insu, dans l'abandon apparemment le plus absolu des condamnés, demande Geneviève Fondane. C'est la question qui est au cœur du mystère de la Shoah. Elle reste, pour tant de ceux qui l'ont vécu ou qui en ont été touchés au plus profond d'eux-mêmes, sans réponse. Elle force, du moins, au silence[6]. Jacques Maritain, lui aussi, en est obsédé. Nuit terrible, qui l'a laissé incapable pour un temps d'en rien dire, dans laquelle se sont comme emparés de lui  les abimes d'abandon et de détresse où des hommes ont été ensevelis sans pouvoir seulement deviner le pourquoi, sans que Dieu lui-même semble entendre leur cri.

       Quelle réponse tenter à une pareille question? Ces mots-là seuls, qui auront été arrachés à un tel silence, peuvent balbutier quelque chose de ce mystère sans le trahir et sans le profaner. Nous ne pouvons ici que retranscrire ce qu'écrivent alors Jacques Maritain et Geneviève Fondane.

       «"Jésus-Christ est en agonie jusqu'à la fin du monde." Nous répétons cela comme des enfants, sans savoir jusqu'où va cette parole et ce qu'est cette agonie. Il a été vraiment et complètement abandonné, abandonné des hommes, et de Dieu qui le chérissait et veillait sur lui avec une tendresse infinie mais absolument cachée. C'est dans les grandes souffrances et agonies des saints que nous essayons de déchiffrer cet abandon du Christ, mais les saints ont leur consolation. Ce qui obsède ma pensée, et là où je vois vraiment et absolument l'abandon du Christ, c'est l'abandon de tous ces pauvres hommes qui ne le connaissaient même pas et ne savaient pas qu'ils souffraient avec lui, dans l'horreur des camps allemands. C'est l'abandon du Fils de Dieu traité comme un maudit qu'ils ont vécu, unis à lui par leur abandon même et d'une manière inimaginablement profonde et substantielle - et d'autant plus aimés, de l'autre côté du voile. D'avoir souffert avec eux, d'avoir été l'un d'eux, et en même temps de porter en soi le mystère du Peuple élu, et d'avoir conscience, au point où il l'a toujours eu, du mystère de la Foi et de l'appel de Dieu, sans parler des grâces d'illumination qu'il a sûrement reçues pendant sa captivité et dont les grâces que vous avez reçues étaient la réverbération en vous, il me semble que cela compose pour Benjamin Fondane, qu'il vous revienne ou non, un admirable, un sublime achèvement de sa grandeur intérieure et de son œuvre.» (Jacques Maritain à Geneviève Fondane, 19 juillet 1945)[7]

       «Vous me dites précisément ce qui m'importe plus que tout au monde, lui répond Geneviève. Ce que vous m'écrivez sur l'abandon du Christ et sur l'union incroyablement profonde et substantielle de tous ces hommes torturés avec le Christ abandonné me confirme dans cette conviction que, même si par impossible, pour mon mari, cette union s'est faite à son insu, elle s'est faite tout de même, et profondément. Mon mari m'a souvent parlé (c'était pour lui une idée cruciale) de cet étrange destin de témoin aveugle, du peuple juif. Et comme il se sentait témoin! Au point de trouver normal, pour ainsi dire inévitable, d'avoir été arrêté par les nazis. Je n'oublierai jamais sa phrase: "En vérité, s'il y avait au monde un vrai Juif, un Juif authentique, qu'ils devaient arrêter, c'était bien moi." Ce rôle de témoin dont je trouve aussi l'écho dans le poème de Madame Maritain, et dont vous me parlez de nouveau si profondément, comme il éclaire ces déconcertantes et perpétuelles persécutions antisémites, et comme il rapproche de nous tous les Juifs, même ceux qui ne savent plus qu'ils sont le peuple élu.» (31 juillet 1945)

       Bien des années plus tard, Charles Journet, saisi lui aussi par le mystère du mal, s'interrogera, au souvenir d'une visite au camp de la mort de Majdanek, près de Lublin en Pologne:

        «Dans de sinistres baraques encerclées de miradors et de barbelés électriques, sont empilés de pauvres restes humains, de misérables espadrilles, des souliers de femmes, de petites chaussures d'enfants, on y découvre des fragments de poupées. On voit un premier modèle de four, une monstrueuse marmite apportée de Berlin. Puis le bâtiment central en béton, avec les salles de bains précédant les chambres à gaz, les grands fours parallèles dont chacun se chargeait par fournées de six cadavres, les rigoles pour recueillir les graisses et les potasses. Techniquement tout est prévu, même la dalle de ciment où l'on déaurifiait les dents des cadavres. Dehors, c'est le soir, le soleil qui baisse se voile dans un nuage rose. Un grand silence sur la plaine polonaise. À quelques pas devant moi la lourde cheminée carrée, en briques, construite par les prisonniers eux-mêmes, domine l'édifice; elle monte dans le ciel comme une sorte de clocher. Tant de pauvres yeux épouvantés, affolés, l'ont regardée. Ils ont vu la flamme rouge jaillir puis s'éteindre dans un nuage noir infini. Est-il possible que ces êtres décharnés, en attendant leur fin horrible dans ce camp de la mort, ne se soient pas tournés vers le Dieu tout-puissant et infiniment bon pour le prendre à témoin, pour le supplier de les secourir par quelque miracle dans leur atroce détresse? Et nulle réponse n'est venue. J'essaie à mon tour de dire le Pater, de crier pour eux vers le Père qui est dans les cieux, qui a vu tout cela, et qui est resté muet. Quel mystère! Jusqu'à quelle profondeur Dieu nous demande-t-il de lui faire confiance, de croire à son Amour!»[8]           

*

        En septembre 1945, Geneviève apprend, par la rumeur que ses amis s'efforçaient de lui cacher, le témoignage, beaucoup plus fiable, d'un jeune médecin rescapé d'Auschwitz, le Dr Lazare Moscovici, qui a été très proche de son mari pendant trois mois: Fondane a été emmené vers les chambres à gaz de Birkenau fin septembre 1944. «Plusieurs heures après, les camions revinrent avec des vêtements qui furent remis à la désinfection.» Le 5 octobre 1945 elle rencontre elle-même le Dr Moscovici, qui lui raconte ce que fut la vie de Fondane à Auschwitz, comment il réconforta jusqu'au bout ses compagnons, tout tendu lui-même, - «dans une tension d'âme extrême où je le reconnais», écrit Geneviève.

       Un autre témoignage vient, en 1946, compléter celui du Dr Moscovici. Geneviève sait enfin que son mari a été exécuté le 3 octobre 1944. C'était la veille de Yom Kippour - le Grand Pardon -, et (à cette époque) le jour de la fête de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.

       Et puis encore un autre témoignage, dans Les Lettres françaises du 26 avril 1946, sur les derniers jours de Benjamin Fondane. «Vous savez combien j'ai demandé à Dieu que mon mari soit mort conscient, lucide et tourné entièrement vers Lui. J'ai accepté de ne jamais le savoir, en cette vie, pourvu que cela ait été. Et voici que la Providence m'envoie cet indice. Deux jours dans l'angoisse de l'attente...» (23 mai 1946) Dans son Journal, Geneviève précise que son mari «a vécu deux jours sachant qu'il allait être gazé. (...) Deux jours! il y a temps, pour Dieu, d'attirer une âme à l'Union parfaite.»

       Une lumière nouvelle brille doucement pour Geneviève. Elle ne supprime pas l'innommable, elle se lève au-delà de l'horreur; mystérieux accomplissement, en un sens, de la quête menée par Benjamin Fondane à travers une pensée qui s'égarait en faisant basculer le «tout est possible à Dieu» dans le sens d'un arbitraire rendant sans objet l'intelligence et débouchant sur l'absurde, mais qui n'en était pas moins guidée par un obscur pressentiment qu'au-delà de toutes les évidences et de tout ce que nous pouvons concevoir, quelqu'un, dans sa Sagesse qui dépasse nos mesures, nous conduit et nous attend.  

*

       Un premier séjour en Alsace, à Kolbsheim, chez les Grunelius, filleuls des Maritain, pendant le mois d'octobre 1945, lui permet de retrouver peu à peu la paix, après ces mois, ces années terribles qui l'ont épuisée moralement, physiquement et nerveusement. C'est «comme un répit, une halte avant de partir de l'avant» (19 octobre 1945).

       Quelques semaines plus tard, au début 1946, elle quitte Paris, malgré un grand désarroi intérieur et le déchirement d'abandonner la rue Rollin, où tout lui parle de son mari, pour aller vivre à Kolbsheim, à l'invitation des Grunelius, et s'occuper de l'éducation de leurs enfants. Dans ses notes personnelles elle résume les raisons qui l'ont déterminée à ce changement de vie: «Il se fait en moi, ici, un travail d'épuration qui n'aurait peut-être pas pu se faire dans des conditions aussi propices à Paris. (...) Il m'était absolument indispensable, après avoir vécu pendant 18 ans dans des milieux incroyants, à peu près totalement coupée des milieux catholiques fervents (je mets à part mes contacts avec les Maritain qui m'ont été si chers dès le premier jour), que je vive un certain temps dans une famille profondément chrétienne.»

       La vie à Kolbsheim est aussi plus favorable à la réflexion. Geneviève ne peut plus éviter de grandes questions qui engagent le fond de son âme. Son expérience très pure de la foi et de l'abandon à Dieu dans l'acte même de sa conversion, puis dans la remise du sort de son mari et de tous les martyrs des camps entre les mains de Dieu, son sens aigu de la «jalousie de Dieu» - c'est-à-dire la conscience qu'il ne lui faut chercher d'autre appui que Dieu, pas même les plus pures amitiés tant qu'on leur demande une consolation ou une impulsion -, en un mot, tout dans sa vie intérieure la tient accordée à la substance spirituelle de la pensée de Fondane, aux intuitions authentiques dont elle est porteuse, à son orientation mystique. Mais chez Fondane, cette attitude spirituelle s'exprime en une pensée qui non seulement refuse tout appui de la raison et «brise son instrument» rationnel, mais tient la raison elle-même pour une conséquence du péché. De là son caractère foncièrement tragique. «Il est vrai, écrit Geneviève, qu'en définitive mon mari parle d'un seul mode de connaissance, la "pensée de la foi", la foi en un Dieu à qui tout est possible, et que c'est bien devant ce Dieu qu'il sacrifie la raison, mais à quel prix!...» (2 janvier 1947)

       Chez Geneviève, cette pensée rencontre, grâce surtout à Maritain, une autre pensée - la pensée thomiste -, qui fait confiance à la raison et en sa capacité de vérité. «Je ne vous cache pas, écrit-elle à Maritain, que j'ai souffert, et continue à souffrir, du ferment de contradiction qu'a déposé en moi, depuis longtemps d'ailleurs, une pensée si différente de celle de mon mari.» (2 janvier 1947) Elle expose dans une longue lettre - «précieuse lettre», dira Maritain - les termes et les enjeux du débat où elle tente de faire vitalement l'unité, en elle, de ces deux pensées qui sur certains points décisifs s'opposent. Mais elle va  plus loin et s'achemine déjà, sans en avoir peut-être conscience, vers la pleine lumière dans la reconnaissance de l'unité différenciée et graduée de la Sagesse chrétienne intégrale.

       «Je suis trop imprégnée de la pensée de mon mari pour ne point voir à tout le moins, dans la raison, un instrument pauvre, insuffisant, limité, sujet à l'erreur, mais ceci, surtout, en comparaison de l'immensité des vérités à appréhender. Il me suffirait de l'humilier devant Dieu.»[9]

       Elle ajoute plus loin:

       «Pour moi la question ne se pose pas philosophiquement mais religieusement. Et dès que j'abandonne les modalités de pensée pour l'essentiel, bien des difficultés s'évanouissent. Je suis à l'aise dans le thomisme chaque fois que la lumière naturelle, poussée jusqu'à sa limite, s'efface dans l'éblouissement et la chaleur du foyer divin. Et c'est ce moment où la spéculation, ayant épuisé toutes ses ressources, laisse le champs libre à la contemplation, que je recherche si avidement, et trouve, dans vos écrits. Et peut-être est-ce parce que votre itinéraire est si différent de celui de mon mari, que la rencontre définitive en Dieu me paraît si riche de grâces. Ce n'est pas à mi-temps que je vous rejoins, mais à l'extrême limite du chemin. Il arrive un moment où l'absurde, aussi bien que la raison, n'ont plus rien à dire, un moment où tout disparaît en présence de l'infini, où il n'y a plus que Dieu.» (2 janvier 1947)[10]           

*

             Dès son premier séjour à Kolbsheim, Geneviève a compris que cette maison qu'elle aime et où elle est aimée ne serait pour elle qu'une «halte», une transition, un lieu où l'on reprend souffle et où l'on se prépare à repartir, plus confiant et plus libre, chacun pour suivre son propre chemin (ce que fut Kolbsheim pour beaucoup).

       Elle en reprend conscience dans les premiers mois de l'année (janvier 46-printemps 47) qu'elle passe à Kolbsheim. Elle a besoin (c'est inscrit en elle depuis toujours, et sa foi retrouvée ne l'a pas détournée de cette vocation mais lui en a fait découvrir le sens et la profondeur) de ce compagnonnage concret (un mot qui revient souvent chez elle) avec le monde des très pauvres gens. Ce que Maritain avait, avant la guerre, explicité en termes de «exister avec»[11], que le P. Lœw appelle «communauté de destin», et que Madeleine Delbrêl (son exacte contemporaine) vit alors à Ivry, Geneviève y aspire selon son don personnel.

       «Il me semble que mon séjour à Kolbsheim me prépare à quelque chose. Que je me dois aux Juifs, aux communistes, à tout le peuple qui a perdu Dieu, c'est devenu en moi une obsession de tous les jours. Mais je ne sais rien de plus, je ne vois rien de précis. Je souffre parfois, ici (dans une atmosphère de telle charité, pourtant!) d'avoir perdu le contact avec une certaine chaleur humaine, cette chaleur, parfois nauséabonde, qui monte de la pauvre vie harassante des hommes aux prises avec le travail, l'injustice, le vice, et des malheurs insolubles et tellement mêlés de boue, qu'il faut creuser bien profondément pour découvrir que Dieu est présent là aussi, peut-être là surtout. Je ne suis pas sûre d'être faite pour vivre longtemps sur une petite île flottante. C'est absurde, mais les incroyants me manquent. C'est absurde, mais je me sens plus de charité, je dirais presque plus de compréhension, pour le mécréant, avec tous ses vices, mais aussi avec la toute petite étincelle divine qui lui reste peut-être, que pour des âmes qui sont toutes proches de Dieu.» (23 mai 1946)

       Cela même - remarquons-le en anticipant sur les dernières années - lui sera encore donné après son entrée dans la vie contemplative, lorsque la maladie la forcera à passer de longues semaines à l'hôpital de Villejuif:

       «...J'ai retrouvé quelques anciennes malades, et d'autres heureuses d'avoir une religieuse près d'elles. Et surtout j'ai appris qu'une de mes anciennes compagnes, que j'appelais "ma communiste" (c'est tout dire) est de nouveau ici, dans un autre pavillon, et bien mal en point, la pauvre... Bien entendu, je vais dès cet après-midi la revoir, et j'en suis très heureuse. C'est une "tête forte", frondeuse, violente, dont le mari est mort sous la torture des miliciens. Elle a compris combien je sympathisais et l'aimais, et nous avons fait une vraie amitié.» (7 août 1952) 

*

        Elle est de retour à Paris au printemps 1947. Une nouvelle étape commence pour elle. Quoique n'étant ni juive, ni diplômée, elle a obtenu un poste d'assistante sociale à l'O.S.E. (Office de Secours aux Enfants juifs). Elle visite les familles juives des 3e et 4e arrondissements dans la misère et décimées, pour porter aux enfants secours matériel et moral. «Cela ne constituera peut-être qu'une étape, mais en tous cas, après l'isolement et la sérénité de ma vie à Kolbsheim, il était nécessaire que je reprenne contact, de cette façon concrète, avec la tragédie et les souffrances juives.» (14 mars 1947)

       Geneviève est ainsi amenée à entrer en relation avec une branche de la Congrégation de Notre-Dame de Sion, les «Ancelles», dont la vocation est très proche de la sienne:

       «Même appel impérieux pour les Juifs, même conscience de leur mission, même compréhension de leur tragédie, même besoin d'être mêlée à eux, et aux plus pauvres, aux plus abandonnés d'entre eux, d'aller les chercher, d'aller porter le Christ au milieu d'eux. Et en même temps, même besoin d'une profonde et silencieuse vie intérieure dont l'action ne sera que l'expansion.» (25 juillet 1947)

       Cette découverte est pour elle «un éblouissement», une joie et un réconfort dans sa solitude, mais aussi une interrogation: «Est-ce cet éblouissement ou l'exigence réelle de ma vocation qui me fait songer à devenir Ancelle?»

       Ce vers quoi, à vrai dire, elle se sent portée, c'est à la contemplation, mais vécue au milieu du monde, de sa beauté, de ses détresses, de ses initiatives humaines, dans une vie «offerte à tous». Cela demande que tout en s'appuyant sur les Ancelles et la congrégation de Sion elle conserve «un élément de liberté, de disponibilité, auquel se trouvent indirectement mêlés et l'œuvre de mon mari et je ne sais quoi que Dieu a permis que j'acquière à son contact et qui trouvera son emploi en son temps». Elle ouvre largement son appartement et en fait un lieu de rencontre pour jeunes filles juives. Elle songe dans le même temps à mettre la bibliothèque de son mari à la disposition d'étudiants juifs. Le P. Marcel Dubois a évoqué l'esprit qui habitait sa maison à cette époque: «...Geneviève Wecsler fréquentait un cercle de jeune filles israélites rescapées des années terribles. Les unes avaient connu l'horreur des camps, les autres avaient échappé aux rafles grâce aux institutions qui les avaient cachées. C'était un groupe fraternel et joyeux, extrêmement vivant. Au milieu de ces jeunes qui avaient connu la menace et la peur et que la fin des ténèbres rendait à la liberté, Geneviève Wecsler apparaissait comme une grande sœur compréhensive et bienveillante. (...) Sa maison de la rue Rollin était ouverte à toute cette jeune population. Certaines réunions du groupe y avaient lieu. C'est ainsi que j'ai découvert le lieu où Benjamin Fondane avait vécu les années sombres, de 1939 à 1944, années qui furent particulièrement douloureuses mais, pour qui connaît son œuvre, particulièrement fécondes. On se réunissait, après avoir grimpé l'escalier de bois, dans la pièce qui avait été son bureau et sa bibliothèque.»[12] Là, Geneviève lisait et commentait les poèmes de son mari. «Au-delà du destin d'Israël, poursuit le P. Dubois, il s'agissait de la solitude de l'homme et de sa quête de vérité.»

       Cependant, au bout d'un an, elle comprend que l'essai de vie contemplative dans le monde ne répond pas à sa vocation la plus profonde. «Mes efforts pour être tout à Dieu dans le monde sont vains, (...) je gâche quelque chose; (...) Dieu se refuse à secourir mes efforts pour équilibrer ma vie dans le monde.» (7 novembre 1948);

       C'est alors de plus en plus vers la vie religieuse contemplative qu'elle se sent attirée. «Il n'y a qu'au couvent que je trouverai cette possibilité de prière, de silence, de solitude, d'études, qui me sont devenus aussi indispensables que l'air que je respire.» Et tout particulièrement vers les contemplatives de Notre-Dame de Sion. «Pourquoi Sion? Parce que j'appartiens à Israël et que c'est le seul ordre qui soit voué à Israël.» (7 novembre 1948).

       Après s'être longuement entretenue de son désir avec le Père Jean de Menasce, le Père Marcel Dubois, Jacques Maritain, elle entre à «La Solitude», à Grandbourg près de Paris, dès que cela lui est possible, le 31 mai 1949. Elle devient Sœur Benjamin-Marie et recevra bientôt le nom de Sœur Gratia Maria.

       Désormais toute sa vie se résume dans ces mots, qu'elle a elle-même soulignés dans sa lettre: «être tout à Dieu» et «j'appartiens à Israël». Sa vocation auprès d'Israël s'achève dans l'accomplissement de sa propre vocation la plus profonde, celle entendue dès son enfance, qui n'a cessé de la poursuivre, mais qui n'a manifesté qu'au terme de sa vie, à travers son histoire personnelle et les drames de l'histoire des hommes, son véritable sens, ouvert sur les profondeurs et le mystère de l'histoire du salut. 

            *

        À La Solitude, sa vie se simplifie. Elle définit l'esprit qui y règne: «un esprit de dépouillement dans l'amour, de liberté dans l'amour». Ses obscurités et ses résistances sur le plan de la pensée se dissipent et se résolvent elle ne sait comment. Il faut citer longuement la lettre admirable où elle fait part à Jacques Maritain de ses «découvertes» et qui répond à celle qu'elle lui adressait quelques années plus tôt (22 décembre 46-2 janvier 47):

       «Je vous amuserais sans doute en vous racontant mes découvertes, par exemple la découverte de la valeur, je dirais presque de la sainteté, du raisonnement métaphysique. Dieu sait combien je le tenais pour suspect!... Je posais si mal la question! Je la posais exactement à l'envers... Je me révoltais à l'idée de fonder tant soit peu ma foi sur les exigences de ma raison, sur une nécessité rationnelle si impérieuse m'apparût-elle. Je n'avais pas compris que ce n'est pas ma raison qui exige que Dieu soit perfection infinie, amour infini, beauté infinie, intelligence infinie, justice, etc... mais que c'est Dieu qui, étant tout cela à l'infini, exige que ma raison ait en elle ce besoin, cette nécessité, d'un Dieu parfait et infini en toute chose.

       «Oh! je ne regrette pas le chemin parcouru. C'est au contraire merveilleux d'avoir cru d'abord, aveuglément, parce que la Bible le disait et parce que Dieu m'avait fait la grâce de croire; puis de découvrir en moi, en la structure même de ma nature humaine, tous ces reflets de Dieu; de découvrir que toutes ces exigences ne sont que reflets de Dieu. Dieu est tellement infini, et tellement jaillissement d'amour, qu'il y a comme des fuites de sa splendeur qui s'inscrivent dans ses créatures misérables. Et sa splendeur est d'une telle pureté qu'elle arrive en nous, infiniment affaiblie, sans doute, mais non déviée, car rien ne peut fausser la vérité. Et c'est cela qui garantit la rectitude de l'intelligence humaine, même si diminuée par le péché originel, en même temps que c'est cela qui la maintient dans cette humilité totale devant Dieu, à laquelle je tiens tant... Je me disais autrefois: "Il est", je n'ai pas besoin de "Le savoir". Mais c'est parce qu'Il est, et parce qu'Il m'aime, qu'Il veut que je sache, et qu'Il m'a donné l'instrument pour. Je voyais dans le savoir, dans le raisonnement portant sur Dieu, une atteinte à sa transcendance. Je découvre maintenant, dans ce reflet invincible de Dieu, bien ténu, bien subtil, mais vrai, mais pur, dans la partie la plus pure de l'intelligence de l'homme, une preuve de la toute-puissante domination de Dieu, de Dieu vainqueur toujours. Même le péché ne pouvait éteindre complètement l'image de Dieu dans les facultés de l'homme.» (14 décembre 1950)[13] 

*

        Quand a-t-elle eu le pressentiment que sa vie serait brève, que le temps était compté?  On ne peut pas ne pas remarquer des notations comme celles-ci: en 1946, alors qu'elle prépare l'édition des manuscrits de son mari: «En ces moments, je vous avoue que j'ai peur de mourir et que je supplie Dieu de me laisser vivre aussi longtemps qu'il sera nécessaire pour que toute l'œuvre paraisse.»[14] 7 novembre1948: «Sentiment (...) de la brièveté terrible de la vie, d'une exigence impatiente de Dieu sur moi.»

       Début 1952, on découvre qu'elle est atteinte d'un cancer au poumon. Sa profession religieuse est avancée au 25 mars, fête de l'Annonciation, de cette même année. Sa troisième année de noviciat avait été «pleine d'ombres et de tempêtes», mais «Dieu a dissipé toutes (ses) difficultés, en un éclair, avec son admirable simplicité» (4 avril 1952). Elle voit la maladie et la profession comme deux grâces qui s'appellent l'une l'autre. «J'expérimente avec quel amour inexprimable Dieu nous donne force et paix au jour le jour. Je n'ai aucun mérite, aucun: Dieu me porte.» (4 avril 1952)

       Elle doit désormais faire de fréquents et longs séjours à l'hôpital de Villejuif. Rayons et  transfusions se succèdent. Elle passe de plus en plus par des périodes d'épuisement. «Pour moi, ce n'est pas très fameux, c'est-à-dire que la maladie suit gentiment son cours, ce qui est son droit, après tout...» (9 août 1953). L'abbé Journet, qui va la voir à l'hôpital en juillet 1953, écrit d'elle: «Elle avait eu de grosses enflures autour du corps; et maintenant le cancer se porte sur l'os de la hanche. Mais elle était rayonnante, toute pacifiée et lumineuse! (...) La veille, la Mère, à La Solitude, m'avait dit combien, au cœur de cette terrible maladie, "elle montait". C'était un peu de ciel dans cet hôpital de Villejuif.»[15]

       En 1946, au moment même où elle prenait connaissance du témoignage sur les derniers jours de son mari à Auschwitz et Birkenau, elle avait écrit : «Il me semble que tout cela est irréel, que ce n'est pas moi, que ce n'est pas [mon mari] qui avons vécu cela, que tout cela n'est que du provisoire... (...) Il y a des moments où mon cœur bondit de joie à l'idée que l'heure viendra où je mourrai. Et ce n'est pas lassitude de la vie, pas du tout. La vie, je ne l'ai jamais vue si pleine à craquer. Dieu fait plus que remplir tous les vides. Il recule sans cesse, à l'infini, les frontières de l'amour, et [mon mari] est tout mêlé à cet amour.»[16] Dans sa maladie, du fond de ses souffrances et de son anéantissement, c'est la même espérance qui l'habite. Le P. Dubois a témoigné qu'elle avait fait sien le psaume 73, qu'elle répétait sans se lasser, et qu'elle y mettait, avec la sienne, toute l'espérance d'Israël. 

«Et moi, qui restais devant toi,
tu m'as saisi par ma main droite.
Par ton conseil tu me guideras,
puis dans la gloire tu me prendras.» 

       Dieu l'a prise à l'aube du 1er mars 1954.

       Quelques années plus tôt, le 4 décembre 1948, peu avant d'entrer à La Solitude, elle avait écrit:         

       «Je voudrais aussi vous dire (mais comment m'expliquer?) que j'ai compris depuis longtemps que le côté tragique, irréparable de la mort si prématurée de mon mari, du gâchis humain, et plus encore du gâchis spirituel entraîné par mes fautes, ne pouvait pas se résoudre dans une vie chrétienne normale, si fervente soit-elle. Ce n'est pas une question de plus ou moins de générosité, mais d'une différence de plan, d'un changement de plan. Ce n'est que sur le plan purement spirituel, sur le plan de l'infini de Dieu, de son Éternité, que tout peut être réparé, régénéré, recréé.»

Fr. Michel Cagin

      

Geneviève FONDANE
Une lettre inédite à Jacques Maritain 

[La correspondance de Benjamin et Geneviève Fondane avec Jacques et Raïssa Maritain a été publiée en 1997 aux Éditions Paris-Méditerranée par les soins de Michel Carassou et René Mougel. Depuis lors, plusieurs lettres de Geneviève Fondane à Jacques Maritain ont été retrouvées, qui viennent compléter cette édition. Quatre lettres ont paru dans les Cahiers Jacques Maritain, n°37 (novembre 1998), appartenant à la dernière période de la vie de Geneviève Fondane, après son entrée dans la branche contemplative des Sœurs de Notre-Dame de Sion, à «La Solitude».

            La lettre que nous publions ici date de novembre 1944. Maritain est revenu le 10 à Paris pour quelques semaines, après cinq années d'exil. Il y retrouve Geneviève Fondane le 23, apprend que Benjamin et sa sœur ont été déportés en mai, que Geneviève est  revenue à la foi au creux de son angoisse. Il lui donne à lire le poème de Raïssa, Deus excelsus terribilis, le premier volume des Grandes Amitiés, paru à New York en 1941, et son propre ouvrage sur Les droits de l'homme et la loi naturelle.

            Cette lettre est donc la première de Geneviève Fondane, qui ouvre cette nouvelle étape importante et émouvante de leur amitié et de l'itinéraire de Geneviève. Elle s'insère entre le billet de Maritain du 16 novembre et la lettre de Geneviève Fondane du 5 décembre, qui suit leur deuxième rencontre, le dimanche 3 décembre (p.52-53 de la Correspondance Fondane-Maritain). Nous remercions le Cercle d'Études Jacques et Raïssa Maritain de nous l'avoir communiquée et de nous autoriser à la publier.]  

 

Lundi, 27 Novembre [1944].  

            Cher Monsieur Maritain, 

       J'ai lu et relu le si beau et si douloureux poème de Madame Maritain[17]. Combien il me touche! Oui je connais cette interrogation désespérée, je connais cet écroulement de tout, devant une souffrance si innommable, devant tant d'horreur, que rien, aucune de nos explications, aucune consolation, ne sont plus valables. Et Dieu, qui sait, se tait. Combien de nuits ai-je passées à me heurter contre ce mur, ne pouvant que me cramponner aveuglément à Dieu, du fond de l'abime.

       Je vous dirai, naïvement, retrouver dans le poème, des accents de la Bible, des Prophètes. Une telle tension, et en même temps un tel amour, et cette exigence, cette audace que seuls ont les amis de Dieu. Puisse-t-Il entendre cet appel...

       Puisque je ne vous verrai que Dimanche[18], je vais déposer le poème chez Monsieur S. Fumet[19], ainsi que vous me l'aviez demandé.

       Lu aussi, avec quelle joie «Les Grandes Amitiés». J'ai commencé par pleurer sur les pages de l'enfance qui m'évoquaient d'une façon déchirante la propre enfance de mon mari, cette enfance dont il m'a parlé si souvent qu'elle m'est aussi présente que la mienne. Puis j'ai couru aux chapitres de la conversion que j'ai lus avidement, avant de reprendre le tout d'un bout à l'autre, avec ferveur, heureuse de découvrir une nourriture si substantielle dans un récit si attachant. Tous ceux auxquels j'ai parlé du livre me le réclament. Ne sera-t-il pas bientôt en librairie à Paris? Et le second volume[20]? Je suis bien impatiente de l'avoir. Me voici plongée, maintenant, dans «Les Droits de l'Homme»[21], qui répondent précisément à beaucoup de mes plus actuelles préoccupations. Je vous en prie, n'oubliez pas, si possible, de m'apporter votre autre volume sur la démocratie et le Chrétien[22]. Le vague de mes connaissances sociales et politiques me pèse de plus en plus depuis quelques temps et j'ai grande hâte de me donner une charpente.

       J'ai recherché, dans la collection de «Temps Présent»[23] les quelques articles dont je vous avais parlé et qui m'avaient donné un certain malaise. Il s'agit de: n°5 «À propos de l'épuration de l'Épiscopat», dernier paragraphe de la 2ème colonne - et n°6 «Pourquoi l'Église reconnaît les gouvernements». Bien inopportun aussi, me semble, dans le même n°6, dans la rubrique «Nos lecteurs nous écrivent», la lettre du médecin ancien pétiniste. Croyez bien que je ne me pose pas en censeur de «Temps Présent», ce qui serait bien ridicule de ma part, mais j'aime tant ce Journal que je suis malheureuse lorsqu'il me choque en quoi que ce soit.

       Les belles «Méditations sur la Mort» de Max Jacob sont dans le n°3.

       Maintenant, cher Monsieur Maritain, puisque vous envisagiez de me faire connaître votre nièce[24], ne pourrait-elle vous accompagner et venir Dimanche dîner avec nous? J'en serais très heureuse, si toutefois ma demande n'est pas indiscrète.

       Je me fais un grand plaisir de votre visite. Vous ne sauriez croire quel réconfort vous m'avez apporté, vous ne sauriez croire combien je remercie Dieu d'une amitié qui m'est si précieuse et à laquelle je réponds de tout cœur.

Geneviève Fondane

       Je ne vous ai pas dit que notre pauvre rue Rollin avait été bien bombardée le 26 Août. Méfiez-vous, dans l'obscurité, de l'escalier dont la première marche est effondrée.

 

 

NOTES
 


[1] Les citations que nous ferons sont en grande partie extraites du livre: Fondane-Maritain, Correspondance de Benjamin et Geneviève Fondane avec Jacques et Raïssa Maritain, éditée par Michel Carassou et René Mougel, Éd. Paris-Méditerranée, 1997, 216p. Quelques lettres à d'autres correspondants ont paru dans le Bulletin de la Société d'Études Benjamin Fondane publié en Israël. Voir en particulier le Bulletin n°4 (automne 1995) qui contient des lettres de Geneviève Fondane à Jean Ballard, directeur des Cahiers du Sud, et à Claude Sernet, ami de Fondane, qui aida Geneviève à préparer l'édition des œuvres de son mari, ainsi qu'un témoignage du P. Marcel Dubois, o.p.: «L'épouse de Benjamin Fondane, Un chant qui retentit dans le silence». (Lorsque les citations ne seront signalées que par la date de la lettre, elles seront prises de la correspondance avec les Maritain.)

[2] Cité par Marcel Dubois, art. cit.

[3] Charles Journet, Le Mal, DDB, 1962, p.315.

[4] À Jean Ballard.

[5] Journet-Maritain, Correspondance, vol. III, 1940-1949, p.293. Lettre du 10 décembre 1944.

[6]  À Yad Vashem, le 23 mars 2000, Jean-Paul II a  honoré et voulu faire sien ce silence: «Dans ce lieu de la mémoire, l'esprit, le cœur et l'âme ressentent un extrême besoin de silence. (...) Un silence car il n'existe pas de paroles assez fortes pour déplorer la tragédie terrible de la Shoah.»

[7] Fin 1945, Jacques Maritain a donné à la revue Ecclesia, sur la demande de son directeur, Mgr. Montini,  quelques pages qui gardent quelque chose de cette blessure demeurée vive, sous le titre: «Bienheureux les persécutés...»: «Le chrétien pense encore à d'autres abandonnés, et dont le sort éveille dans l'âme une angoisse intolérable, à cause de la nuit tout à fait noire dans laquelle la mort les a frappés. (...) Souvenons-nous (...) de ces Juifs recrus de fatigue qui, après des semaines de marche sanglante, arrivés à Buchenwald, allaient se coucher d'eux-mêmes sur les marches du four crématoire; et des malheureux qu'on a fait périr de faim dans les trains plombés. Où était la consolation de ces innocents persécutés? Combiend'autres sont morts tout à fait abandonnés. Ils n'ont pas donné leur vie, on leur a pris leur vie, dans les ténèbres de l'horreur. Ils ont souffert sans l'avoir voulu. Ils n'ont pas su pourquoi ils mouraient. Ceux qui savent pourquoi ils meurent sont de grands privilégiés.

         Tout semble se passer comme si l'agonie de Jésus était quelque chose de si divinement immense qu'il faille, pour qu'une image en passe parmi ses membres, et pour que les hommes participent complètement à ce grand trésor d'amour et de sang, qu'elle se partage en eux selon ses aspects contrastants. Les saints y entrent volontairement, en s'offrant avec lui, en connaissant les secrets de la vie divine, en vivant dans leur âme leur union avec lui (...). Dans les tortures du corps ou de l'esprit, dans les abîmes de la déréliction, ils sont encore des privilégiés. (...) Mais les tout à fait abandonnés, les victimes de la nuit, ceux qui meurent comme des réprouvés de l'existence terrestre, ceux qui sont jetés dans l'agonie du Christ sans le savoir et involontairement, c'est une autre face de cette agonie qu'ils manifestent. (...) Comme un legs fait à ses saints, il a dit: In manus tuas commendo spiritum meum. Comme un legs fait à son autre troupeau il a dit: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Le grand troupeau des vrais misérables, des morts sans consolation, comment n'aurait-il pas soin de ceux qui portent cette marque-là de son agonie? Comment leur délaissement même ne serait-il pas la signature de leur appartenance au Sauveur crucifié, et un titre suprême à sa miséricorde? Au détour de la mort, dans l'instant qu'ils passent de l'autre côté du voile, et que l'âme va quitter une chair dont le monde n'a pas voulu, n'a-t-il pas le temps de leur dire encore: Tu seras avec moi en paradis? Il n'y a pas de signes pour eux, l'espérance pour eux est aussi dénudée qu'eux-mêmes; pour eux, jusqu'à l'extrême limite, rien, même du côté de Dieu, n'a lui aux yeux des hommes. C'est dans le monde invisible, au-delà de tout le terrestre, que le royaume de Dieu est donné à ces persécutés, et que tout devient leur.» Dans Raison et raisons, Oeuvres Complètes, vol. IX, p.435-438.

[8] Charles Journet, Le Mal, p.314-315.

[9] «Vous avez trouvé le mot, lui répond Maritain, quand vous écrivez qu'il suffirait d'humilier la raison devant Dieu. Il faudrait montrer que là où Fondane brisait tragiquement son instrument et les "évidences" de la raison, il faut les humilier, et que cette humiliation va beaucoup plus loin et plus profondément encore à la fois pour détruire le rationalisme et pour affirmer la transcendance incompréhensible de Celui qui est au-dessus de tout Nom. La lecture de saint Thomas ne vous suffira pas, il vous faudra celle de saint Jean de la Croix. Tout ne s'éclairera décidément pour vous que dans la lumière de la contemplation.» (15 février 1947) Dans le même temps, Maritain rédige le Court traité de l'existence et de l'existant, qui, en maints passages, se réfère explicitement à l'œuvre de Benjamin Fondane et porte sur le plan de l'élucidation doctrinale les questions vitalement engagées dans la réflexion de Geneviève. Il avait déjà affirmé en 1929: «Le mieux que puisse faire un philosophe, c'est d'humilier la philosophie devant la sagesse des saints.» (Préface à la 2e édition de La Philosophie bergsonnienne). Mais lorsque, au chapitre V du Court traité, à propos de Kierkegaard et de Chestov, il écrit: «Leur faute lourde de conséquences a été de croire que pour glorifier la transcendance il fallait briser la raison, alors qu'il faut l'humilier devant son auteur et en cela même la sauver», comment ne pas y entendre un écho de la réflexion de Geneviève et son expression même?

[10] Il faut lire, dans le prolongement de cette lettre, celle du 14 décembre 1950, citée plus loin.

[11] «Agir pour est du domaine du simple amour de bienveillance. Exister avec et souffrir avec, du domaine de l'amour d'unité. L'amour va à un être existant et concret. (...) L'être que j'aime, qu'il ait tort ou raison, je l'aime; et je souhaite exister avec lui et souffrir avec lui. Exister avec (...) ce n'est pas seulement aimer un être au sens de lui vouloir du bien; c'est l'aimer au sens de faire un avec lui, de porter son fardeau, de vivre en convivance morale avec lui, de sentir avec lui et de souffrir avec lui.» «Exister avec le peuple» (1937), dans Raison et raisons, (Oeuvres Complètes, vol. IX, p.379).

[12] Art. cit., p.18.

[13] Lettre publiée dans les Cahiers Jacques Maritain n°37 (novembre 1998).

[14] À Claude Sernet.

[15] Charles Journet à Jacques Maritain, 27 juillet 1953.

[16] À Claude Sernet.

[17] Deus excelsus terribilis, paru d'abord en septembre 1944 aux États-Unis dans  Commonweal, revue catholique de New York. Jacques Maritain en avait lu des extraits dans un message radiodiffusé le 12 janvier 1944. Paraît dans Nova et Vetera  en 1945, n°1, p.27-33. Cf. J. et R. Maritain, Oeuvres Complètes, vol. XV, p.625-631. Raïssa  présentait le poème comme une prière dédiée

         «À la mémoire de ceux

         que l'Enfer a voulu exterminer

         que Hitler a fait assassiner

         que le monde a laissé périr

         mais dont l'âme douloureuse et humiliée

         est à Dieu

         avec Lui dans la vie éternelle.»

[18] Du carnet de Maritain, à la date du dimanche 3 décembre: «Dîné chez Mme Fondane. Sa sœur est enthousiaste comme elle du livre de Raïssa (1er volume [des Grandes Amitiés] )». Cf. Fondane-Maritain, Correspondance, p.52 n.2.

[19] Stanislas Fumet, par l'intermédiaire de qui elle avait pu joindre Maritain, habitait rue Linné, non loin de la rue Rollin.

[20] Les aventures de la grâce, paru à New York en 1944. Les deux tomes seront réunis en un seul volume dans l'édition française de 1948, sous le titre commun: Les Grandes Amitiés.

[21] Jacques Maritain, Les droits de l'homme et la loi naturelle, New York, Édition de la Maison Française, 1942 (Oeuvres Complètes, vol. VII).

[22] Jacques Maritain, Christianisme et démocratie, New York, Édition de la Maison Française, 1943 (Oeuvres Complètes, vol. VII).

[23] Temps Présent, hebdomadaire chrétien qui, en novembre 1937, sous la direction rédactionnelle de Stanislas Fumet, prit la relève de Sept, l'organe des Dominicains de Paris dirigé par les PP. Bernadot et Boisselot, suspendu en août 1937 sur l'ordre du P. Gillet, Maître général de l'Ordre, à la suite d'attaques venant des milieux de droite contre les positions du journal sur la guerre d'Éthiopie, la guerre d'Espagne et le Front Populaire. Temps Présent  cessa de paraître le 14 juin 1940, fut remplacé momentanément par Temps Nouveau, à Lyon, toujours sous la direction de Stanislas Fumet, et reparut à la Libération, en août 1944, mais de façon éphémère.

[24] Éveline Garnier, très active dans la Résistance, travaille alors au ministère des Déportés.

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