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I. Le donné scripturaire.
Parmi les divers arguments de sa controverse contre Pélage,
S. Augustin a utilisé, comme principe théologique venant de la foi, un point
de doctrine qu’il croyait révélé par Dieu. Ce point de doctrine a une
dimension positive, que le Magistère de l’Eglise a faite sienne par la
suite : aucune créature spirituelle (ange ou homme) n’est abandonnée par
Dieu, si elle ne L’a elle-même abandonné d’abord en se dérobant à la grâce
par son acte peccamineux (cf. S. Augustin, De natura et gratia, 43,
n. 50, cité par le concile de Trente, cf. DS 1537). Mais il a aussi une
dimension négative, dont nous verrons plus loin comment le Magistère de
l’Eglise l’a progressivement écartée : un seul refus grave de l’amour de
Dieu de la part de la créature spirituelle suffirait pour que Celui-ci ne la
prévienne plus par sa grâce, l’abandonnant dès lors à la réprobation
éternelle.
Laissons de côté le cas des anges dont un seul acte libre,
dans lequel ils se déterminent définitivement par rapport à Dieu comme Bien
ultime, leur mérite la gloire ou les en prive à jamais. Chez ceux-ci, en
raison de la simplicité de leur être spirituel, cet acte unique
d’acquiescement ou de refus par rapport au dynamisme théologal de la grâce
fait qu’ils sont définitivement confirmés dans le bien, ou à l’inverse
qu’ils s’endurcissent pour toujours dans le mal .
Mais qu’en est-il de l’homme, dont la volonté n’atteint sa
détermination irréversible que dans son dernier acte libre ? Un péché
mortel, par lequel il abandonne Dieu, et tout particulièrement le premier
péché d’Adam, le péché originel, suffit-il pour que Dieu laisse l’homme
aller à la réprobation éternelle, qu’il a méritée en justice ? S. Augustin a
cru que cela était révélé par Dieu dans l’Ecriture et de nombreux Pères et
Docteurs latins ont cru devoir suivre l’autorité du Docteur de la grâce
comme la plus probable tant que le Magistère de l’Eglise n’avait pas donné
sur ce point une détermination définitive du dépôt de la foi. A la suite de
S. Augustin, ils ont « craint Jésus qui passe et ne revient pas ».
Ce courant théologique a voulu tenir compte avant tout de la
justice de Dieu chez qui tout péché provoque la colère : « Dieu serait-il
injuste en nous frappant de sa colère ? Je parle en homme. Certes non ! » (Rm
3, 5-6). Certes, l’unique péché des origines a fait que « nous étions par
nature voués à la colère » (Rm 2, 3). Mais ce courant augustinien a-t-il
assez tenu compte du fait que c’est la seule miséricorde qui est à la racine
de toutes les œuvres divines et tout particulièrement de la Rédemption de
l’humanité après le péché originel ? Les trois paraboles de la miséricorde
divine en Lc 15 ne nous révèlent-elles pas la persévérance que met Dieu à
sauver l’homme, comme un berger se met à la recherche de la brebis perdue,
comme une ménagère balaie toute sa maison pour trouver une piécette égarée,
comme un père attend son enfant prodigue pour courir à sa rencontre ? De
manière significative Jésus dans l’évangile de S. Matthieu conclut la
parabole de la brebis perdue par cette affirmation qui en dit long sur les
mœurs divines : « Ainsi, on ne veut pas chez votre Père qui est aux cieux
qu’un seul de ces petits ne se perde » (Mt 18, 14 ; cf. Jn 11, 51-52).
On sait que ce courant augustinien, en se durcissant sous
l’influence du volontarisme nominaliste et de la Réforme, en est venu à dire
avec Calvin, puis avec les Jansénistes, mais à l’encontre de S. Augustin
lui-même et de S. Thomas d’Aquin, que Jésus n’est mort que pour les seuls
prédestinés. Ces théologiens voulaient fonder de manière cohérente leur
thèse selon laquelle Dieu réserverait la persévérance dans son dessein de
grâce à un petit nombre d’élus qu’Il tirerait par le Christ de la « masse de
perdition », abandonnée, elle, à la damnation, sur la base de quelques
péchés, voire du seul péché originel. Le problème, c’est qu’ils prenaient
appui sur un principe qui, comme le Magistère le leur fit aussitôt
remarquer, contredit un nombre impressionnant de passages du Nouveau
Testament sur la portée universelle du sacrifice du Christ.
Même dans l’Eglise Catholique on a vu encore aux Etats-Unis,
lors qu’on traduisit en anglais les paroles de la consécration du calice à
la messe en rendant « pour la multitude » (Mt 26, 28 ; Mc 14, 24) par « for
all » (« pour tous »), des personnes contester que le Christ se soit
offert en sacrifice pour tous les hommes, en prétendant que la notion de
« multitude » était restrictive par rapport à celle de totalité.
Conditionnés par des restes de Jansénisme, ils ne voyaient pas que dans le
Nouveau Testament la multitude, pour laquelle le « Fils de l’Homme est venu
donner sa vie en rançon » (Mt 20, 28 ; Mc 10, 45 ; He 2, 10 ; 9, 28), comme
cela était prophétisé pour le Serviteur souffrant (Is 53, 12), ne se
contre-distingue pas par rapport à la totalité des hommes, mais seulement
par rapport à l’unique Rédempteur. Cela apparaît clairement dans les
affirmations de S. Paul qui sont sans équivoque : « Comme, par la
désobéissance d’un seul homme, la multitude a été constituée
pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul, la multitude
sera-t-elle constituée juste » (Rm 5, 19 ; cf. Rm 5, 15). L’universalité du
péché à partir d’Adam est mise ici explicitement en parallèle avec la portée
universelle du sacrifice du Christ par le même terme de «multitude ».
Celui-ci ne peut donc pas avoir un sens restrictif et on n’a pas à essayer
de donner un sens non universel, comme l’a fait le courant augustinien, à la
parole si forte de S. Paul : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la
désobéissance pour faire à tous miséricorde" (Rm 11, 32).
La portée universelle du sacrifice du Christ est révélée
formellement en d’autres passages du Nouveau Testament. Un des plus nets est
cette phrase de S. Jean : « C’est lui [le Christ] qui est la victime de
propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux
du monde entier » (1 Jn 2, 2). Dans l’évangile de Jean, Jésus est
reconnu par les Samaritains comme « le Sauveur du monde » (Jn 4, 42). En
effet, « Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils, afin que
quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,
16). S. Paul de son côté n’est pas moins explicite : « Il est mort pour
tous » (2 Co 5, 15). On trouve le même discours dans les Epîtres
pastorales : « Elle est sûre cette parole et digne d’une entière créance :
le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je
suis, moi, le premier » (1 Tm 1, 15). Les pécheurs dont il s’agit c’est,
comme nous venons de le voir, toute l’humanité constituée pécheresse par le
péché originel. Pour S. Paul le Dieu vivant est « le Sauveur de tous
les hommes, des croyants surtout » (1 Tm 4, 10).
La thèse calviniste et janséniste n’a fait que pousser à
l’extrême la logique de la double prédestination. Celle-ci se trouve plus ou
moins explicitement dans le courant augustinien. Si Dieu ne prévient plus de
sa grâce certains pécheurs avant même l’ultime fixation de leur volonté dans
le mal, souvent du seul fait du péché originel, c’est que le Christ n’est
pas mort pour eux. En effet, que signifierait la portée universelle du
sacrifice du Christ, si celui-ci ne communiquait pas à tous ceux pour qui il
est mort la grâce capable de les conduire au salut éternel ? C’est cette
connexion des mystères que devait mettre en lumière progressivement, mais
cette fois-ci de manière inverse c’est à dire positive, le Magistère
catholique, comme nous le verrons ultérieurement, surtout à la suite de la
Réforme et du Jansénisme.
Il est en revanche étonnant que le courant théologique
augustinien soit resté dans une certaine incohérence en conservant la thèse
traditionnelle de la conversion d’Adam après le péché originel. La damnation
d’Adam avait été enseignée par Tatien au II° siècle et très vite réfutée par
S. Irénée de Lyon sur la base de Gn 3, 15-19, où Dieu maudit seulement le
serpent et, ayant annoncé le Rédempteur, n’inflige à Adam et Eve que des
peines médicinales (cf. Contre les Hérésies, III, 23). Toute la
Tradition, qui a enseigné que Jésus est descendu aux enfers pour chercher
Adam et ses descendants justifiés, a suivi sur ce point l’interprétation de
S. Irénée, y compris S. Augustin et S. Thomas (cf. Somme théologique,
IIIa, q. 4, a.6, 2um). On se demande pourquoi le courant augustinien, qui
croit que Dieu réprouve des hommes du seul fait du péché originel, n’a pas
vu l’incohérence qu’il y a à croire en même temps qu’Il a relevé par le
Christ Adam, l’auteur du premier péché, comme l’Ecriture l’enseigne
formellement en Sg, 10, 1 (« C’est elle [la Sagesse] qui le tira [lui Adam]
de sa propre chute »). Dieu n’aurait pas réprouvé l’auteur du premier péché,
et Il réprouverait des hommes du seul fait du péché originel hérité de
celui-ci, alors que S. Paul nous révèle, à propos de l’état de la loi de
nature, que les hommes « n’ont pas péché d’une transgression semblable à
celle d’Adam » (Rm 5, 4). Ceux qui portent le poids consécutif au péché
d’Adam seraient-ils donc traités par Dieu avec moins de miséricorde qu’ Adam
lui-même, personnellement coupable du péché originel ? Le salut que Dieu a
accompli pour Adam en lui promettant le Rédempteur, pourquoi ne
l’offrirait-il pas à toute la descendance que celui-ci a « constituée
pécheresse » par sa faute personnelle ? C’est bien cela que professe
actuellement notre Prière eucharistique IV, inspirée des anaphores
orientales : « Comme ils avaient perdu ton amitié en se détournant de toi,
tu ne les a pas abandonnés au pouvoir de la mort. Dans ta miséricorde, Tu
es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils Te cherchent et puissent
Te trouver ».
Le relèvement d’Adam est le signe de la portée universelle
de la Rédemption du Christ, par qui Dieu offre à chaque homme la grâce de la
justification. Mais l’offre-t-il effectivement à tous quand on voit tant
d’hommes, et même parmi ceux dont on sait avec certitude qu’ils ont été
justifiés par le baptême, tomber et retomber dans des fautes graves.
N’est-ce pas là le signe que la grâce ne les prévient plus parce que Dieu ne
les a pas choisis dans le Christ pour les conduire au salut ? Pour le
courant théologique augustinien les chutes répétées dans le péché, surtout
chez ceux qui ont été une fois justifiés, signifient que le plus grand
nombre des hommes a été abandonné par Dieu, sur la base du péché originel, à
un endurcissement croissant qui les conduira inexorablement à la damnation,
parce qu’Il ne les avait pas élus pour le salut du Christ. Du coup
l’universalité du sacrifice du Christ n’est plus qu’ une figure de style
pour dire que le Christ offre le salut en tout temps à des hommes de toutes
catégories, ce qui explique que les augustiniens extrêmes l’aient abandonnée
par souci de cohérence.
Mais l’Ecriture nous révèle-t-elle vraiment que Dieu
abandonne au péché beaucoup d’hommes, jusqu’à la damnation ? Bien au
contraire, celle-ci témoigne en un nombre remarquable de passages de la
persévérance que Dieu met à sauver tous et chacun des hommes. Le texte le
plus souvent cité, y compris par le courant augustinien, est : « Dieu veut
que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la
vérité » (1 Tm 2, 4). Mais cette volonté de salut, du fait que Dieu ne veut
pas la mener à son terme si l’homme se dérobe jusqu’au bout à sa grâce, a
été considérée par ce courant comme une simple velléité, qui n’a
d’efficacité que dans les élus qui parviennent à la gloire. Or, ce que
l’Ecriture nous montre c’est un Dieu qui persévère à offrir sa grâce, selon
son dessein bienveillant aussi universel que sa création, un Dieu qui œuvre
sans relâche (cf. Jn 5, 17) ni repentance (cf. Rm 11, 29) à la conversion de
tous les hommes : « Dieu use de longanimité (makroyumeÝ)
envers nous, voulant que personne ne périsse, mais que tous
parviennent au repentir » (2 P 3, 9). Et plus loin : « Considérez la
longanimité (makroyumÛa)
de notre Seigneur comme un salut » (2 P 3, 15).
Comme on l’a vu dans le cas de la « multitude » pour
laquelle le Christ a donné sa vie, le courant augustinien voit cette
persévérance de Dieu dans sa grâce comme limitée aux élus censés être
représentés par les destinataires de la Deuxième Lettre de Pierre :
« Dieu use de longanimité envers vous » (2 P 3, 9). Mais la suite de la
phrase montre que cette persévérance relève en Dieu d’une volonté
universelle et tenace de salut : « (…) voulant que personne ne se perde,
mais que tous parviennent au repentir » (ibidem). Avec le même terme
(makroyumÛa)
, la Première
Lettre de Pierre parle elle aussi de Dieu qui se montre persévérant avec
ces pécheurs que le Déluge a fini par engloutir, « ceux qui avaient refusé
de croire lorsque temporisait la longanimité de Dieu, aux jours où Noé
construisait l’arche (…) (1 P 3, 20).
Même ces hommes incrédules d’avant le Déluge, qui
symbolisent dans la Bible l’humanité enfoncée dans le péché (cf. Sg 14, 16)
et que Dieu a châtiés par la peine de mort (cf. Mt 24, 37-39), le Christ a
pu les rejoindre par sa grâce avant qu’ils ne scellent leur damnation :
« C’est en esprit que le Christ s’en alla prêcher aux esprits en prison, à
ceux qui jadis avaient refusé de croire, lorsque temporisait la longanimité
de Dieu, aux jours où Noé (…) » (2 P 3, 19-20). C’est ainsi que S. Augustin
lui-même, cité par S. Thomas, interprète ce passage de la Deuxième Lettre
de Pierre : « S. Augustin fournit une meilleure explication dans une
lettre : il ne rapporte pas le texte de S. Pierre à la descente du Christ
aux Enfers, mais à l’action de sa divinité qu’il a exercée depuis
le début du monde. Le sens du passage devient le suivant : à ceux qui
étaient retenus en prison, c’est à dire à ceux qui vivaient dans un corps
mortel, qui est comme une prison de l’âme, par l’esprit de sa divinité, il
est venu prêcher, au moyen d’inspirations intérieures et aussi
d’avertissements extérieurs donnés par la bouche des justes ; à ceux-là il a
prêché, à ceux-là qui autrefois avaient été incrédules, lors de la
prédication de Noé, tandis qu’ils se reposaient sur la patience de Dieu qui
différait le châtiment du Déluge, pendant que Noé construisait l’arche » (Somme
théologique, IIIa, q.52, a. 2, 3um, citant S. Augustin, Lettre
144, 5).
De même, S. Paul dit que Dieu a persévéré dans sa
miséricorde avec lui, le persécuteur qui « agissait par ignorance, étranger
à la foi » (1Tm 1, 13), pour qu’en lui, « le premier, Jésus-Christ
manifestât toute sa longanimité, faisant de [lui] un exemple pour ceux qui
doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1, 16). Mais il met
en même temps en garde le pécheur en lui rappelant qu’en faisant fi de la
persévérance de Dieu, celui-ci se met par son endurcissement sur le chemin
de la damnation finale dont la possibilité est bien réelle : « Méprises-tu
les richesses de bonté, de patience, de longanimité de Dieu, sans
reconnaître que cette bonté te pousse au repentir ? Par ton endurcissement
et l’impénitence de ton cœur, tu amasses un trésor de colère, au jour de la
colère, où se révèlera le juste jugement de Dieu » (Rm 2, 4-5 ; cf. 2Tm 2,
12).
Ce grand thème de la persévérance de Dieu dans sa
miséricorde traverse toute l’histoire biblique. Il se trouve résumé, au
seuil du Nouveau Testament, par le Livre de la Sagesse : « Tu
as pitié de tous, parce que Tu peux tout ; Tu fermes les yeux sur les
péchés des hommes pour qu’ils se repentent » (Sg 11,23 ; cf. Ex 34,
6-7 ; Sg 15, 1 ; Si 18, 12). La toute-puissance de Dieu apparaît dans ces
passages bibliques comme ordonnée non seulement par sa justice mais,
plus radicalement, par sa miséricorde paternelle (cf. Ps 103, 8-14). En
effet, le Nouveau Testament fonde la persévérance de Dieu sur la
miséricordieuse fidélité qui le caractérise lui-même : « Si nous sommes
infidèles, Lui reste fidèle car Il ne peut pas se renier lui-même »
(2Tm 2, 13). Dieu est « le Père des miséricordes et le Dieu de toute
consolation » (2 Co 1, 3). C’est sa miséricorde paternelle qui lui fait
relever sans relâche les hommes de leurs péchés : « Dieu, qui est riche en
miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous
étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre dans le Christ » (Ep
2, 4 ; cf. Rm 5, 8 ; 1 P 1, 3 ; 1 Jn 4, 10. 19).
C’est cette persévérance miséricordieuse du Père des cieux
que Jésus demande à ses disciples pour qu’ils soient en vérité des enfants
de Dieu : « Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez ne désespérant de
rien. Votre récompense alors sera grande et vous serez les fils du
Très-haut, car Il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. Montrez
vous compatissants comme votre Père des cieux est compatissant »
(Lc 6, 35-36). Le pardon inlassable (cf. Lc 17, 4) que Jésus exige de ses
disciples est le reflet de la miséricorde du Père. La parabole du débiteur
impitoyable explicite l’exigence pour le chrétien de ce pardon sans cesse
renouvelé en le faisant découler du pardon divin lui-même (cf. Mt 18,
21-35 ; Ep 4, 32 ; Col 3, 13).
Si « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm
11, 29), c’est qu’ils relèvent de son dessein paternel d’adoption filiale.
Cette adoption est, en effet, le but même que Dieu s’est proposé dans la
gratuité de sa miséricorde en créant le monde. S. Paul révèle cela quand il
écrit que nous avons étés élus par Dieu notre Père « dès avant la fondation
du monde » (Ep 1, 4 ; cf. 2 Tm 1, 9), pour être « prédestinés à reproduire
l’image de son Fils » (Rm 8, 29). Toute l’économie divine de la grâce dans
la Création et dans la Rédemption est commandée par ce but divin qu’est
l’adoption filiale des créatures spirituelles. Les anges ont été créés en
grâce pour devenir fils de Dieu et partager sa gloire (Cf. Dt 32, 8 ; Ps 29,
1 ; Jb 1, 6 ; 2, 1 ; 38, 7). Il en a été de même pour l’homme, créé dans la
grâce de la justice originelle en « Adam, fils de Dieu » (Lc 3, 38 ; cf. Sg
10, 1). « Si nous sommes infidèles, Dieu reste fidèle, car Il ne peut se
renier lui-même » (2 Tm 2, 13) ; aussi, après le péché originel, Dieu a-t-Il
persévéré dans son dessein d’adoption, car celui-ci est le but même qu’Il
poursuit : Il nous a envoyé son Fils qui a pris « la condition des hommes
pour accomplir l’éternel dessein de [son] amour et nous ouvrir le chemin du
salut » (Préface de l’Avent I ). La Rédemption reprend les hommes,
avec le moyen suprême de l’Incarnation, dans le persévérant dessein divin de
notre adoption filiale. Dieu nous a donné son Fils pour nous « rétablir
dans [son] alliance » (Prière eucharistique III ) : « Nous avions
rompu ton alliance, nous la retrouvons dans l’obéissance de
ton Fils » (Préface des dimanches du Temps ordinaire VIII).
Du début jusqu’à la fin de son œuvre, Dieu notre Père
poursuit un même et unique but par différents moyens ou économies de grâce :
nous adopter comme ses enfants, c’est-à-dire nous faire participer à sa vie
trinitaire en étant assimilés à son Fils dans l’Esprit Saint. L’Evangile est
la Bonne Nouvelle qui révèle à chaque homme qu’il est, dans le dessein du
Père, un de ces « enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52) pour lesquels le
Christ est mort. Désormais on peut dire de tout homme avec S. Paul : « Le
Fils de Dieu [l’a] aimé et s’est livré pour [lui] » (Ga 2, 20 ; cf. Ep 5,
2) ; et avec S. Jean : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il
les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1), en comprenant « les siens » comme « le
monde entier » (1Jn 2, 2) pour lequel il s’est offert.
Si S. Augustin et le courant théologique qui l’a suivi ont
perdu de vue la persévérance de Dieu dans son dessein de grâce, c’est qu’ils
ont donné la priorité, dans leur interprétation de l’économie divine, à un
certain nombre de passages scripturaires qui leur paraissaient révéler une
réprobation antécédente de beaucoup d’hommes, sur la base du péché originel,
compris comme un premier abandon de Dieu par l’ensemble des hommes. Il nous
faut donc étudier de près ces textes pour comprendre pourquoi l’Eglise dans
son Magistère n’a jamais fait sienne cette thèse théologique, mais au
contraire a enseigné de plus en plus explicitement la persévérance de Dieu
dans son dessein universel de grâce. On peut classer ces passages bibliques
sous trois points de doctrine de la foi :
- L’élection divine nous
prédestinant avant tout mérite de notre part, celle-ci impliquerait de la
part de Dieu un choix des réprouvés antécédent par rapport à leurs démérites
personnels, compte tenu du péché originel.
- Le péché originel
impliquerait un refus personnel par tous les hommes de la grâce donnée par
Dieu en Adam ; refus tel qu’il convient en justice que Dieu réprouve une
partie des hommes en les abandonnant à la damnation.
- L’Ecriture enseignerait
que Dieu a de fait réprouvé beaucoup d’hommes avant leur dernier acte libre.
1°- L’élection
divine : entre prédestinés et réprouvés ?
Il
est vrai que S. Paul fait dépendre la prédestination de l’élection par
Dieu : «[Dieu] nous a élus en lui [ le Christ] dès avant la fondation
du monde (…), nous prédestinant à l’adoption filiale par Jésus
Christ » (Ep 1, 4-5). Certes, l’élection implique un choix. Mais ce choix
a-t-il lieu entre prédestinés au salut et réprouvés d’avance, Dieu ayant
abandonné ces derniers en raison du péché originel ? Non, car alors il y
aurait eu ce type d’élection divine même sans le péché originel. Elle aurait
commandé un retrait de grâce qui aurait eu pour conséquence le péché des
anges et le péché d’Adam, avant tout abandon de Dieu de leur part. Bien au
contraire, Dieu a tout d’abord élu les hommes en choisissant gratuitement et
miséricordieusement de les créer dans un dessein de grâce qui s’est
manifesté d’abord en Adam. Mais si on veut considérer que l’élection porte
sur l’obtention personnelle de la béatitude divine, il faut remarquer
comment l’Evangile nous révèle dans la parabole des talents (cf. Mt 25,
14-30) que Dieu a choisi les hommes, antérieurement à tout mérite de leur
part, par des degrés de grâce différents pour les conduire à des
participations de gloire inégales. Autrement dit, c’est un choix entre un
plus et un moins d’amour à l’intérieur du dessein universellement
bienveillant d’un Créateur qui est le Père des miséricordes.
Si l’élection divine consistait en un choix entre
prédestinés et réprouvés antécédent par rapport au premier péché lui-même,
il faudrait dire avec Calvin et les tenants d’une double prédestination
stricte, c’est-à-dire «pré-lapsaire », que le péché originel aurait sa cause
dans la réprobation de ceux qui sont destinés par Dieu à être abandonnés à
cause de lui. Il en irait de même pour le péché des anges, qui est lui aussi
un premier péché. Cela, ni S. Augustin ni S. Thomas ne le disent
jamais, car ils tiennent, et le Concile de Trente a confirmé que telle est
bien la foi catholique, « que ceux que Dieu a justifiés une fois, [ce qui
est le cas des anges et d’Adam créés en grâce], Il ne les abandonne pas, à
moins qu’Il ne soit d’abord abandonné par eux » (DS 1537,
citant S. Augustin, De natura et gratia, 43, n. 50). Il en va de
l’innocence de Dieu ; car si Celui-ci réprouvait certains de manière
antécédente par rapport au premier péché, Il serait cause du mal
moral, ce que Ockham et Calvin n’ont pas hésité à dire mais que S.
Augustin et S. Thomas refusent catégoriquement parce qu’ils sont dans la foi
catholique (cf. Somme théologique, Ia, q. 19, a. 9, c, citant
S. Augustin dans le sed contra). En effet, selon la thèse de la
double prédestination proprement dite, en abandonnant la créature
spirituelle au premier péché sur la base d’une réprobation antécédente, Dieu
serait, indirectement mais réellement, la cause du mal moral comme Il
l’est des déficiences de la nature ou du mal de peine conséquent par rapport
à la faute de la créature libre. Or cela l’Ecriture le refuse formellement :
« Dieu est étranger à toute tentation au mal ; Il ne tente personne. Mais
chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre » (Jc 1,
13-14). Et déjà le Siracide : « Ne dis pas : “C’est le Seigneur qui
m’a fait pécher”. Car Il ne fait pas ce qu’Il a en horreur. (…) C’est Lui
qui au commencement a fait l’homme et l’a laissé à son conseil » (Si 15,
11-14). S. Paul rappelle la même vérité : « Tu vas donc me dire : Qu’a-t-Il
encore à blâmer ? Qui résiste en effet à sa volonté ? » (Rm 9, 19).
La parabole des talents est d’ailleurs explicite : même si
c’est selon des mesures inégales, tous reçoivent de l’or, c’est à dire la
possibilité de le faire fructifier pour entrer dans « la joie de leur
Seigneur » (Mt 25, 21). Cela est vrai même de l’homme qui n’a reçu qu’un
talent et qui est donc inexcusable d’avoir refusé de le laisser fructifier,
ne serait-ce qu’à la banque. En effet, en calculant à partir de la très
forte valeur de l’or à l’époque de Jésus, le lectionnaire liturgique en
français a donné, à propos de la parabole du débiteur impitoyable où il est
aussi question de talents (cf. Mt 18, 23-35), l’équivalence de six mille
pièces d’argent pour un talent d’or. Cela explique le caractère
injustifiable de la réaction de jalousie de l’homme qui dans un seul talent
avait reçu une somme astronomique pour les pauvres gens qui écoutaient la
parabole. Ceux-ci maniaient plus souvent les pièces de bronze que les pièces
d’argent et ne voyaient pour ainsi dire jamais les pièces d’or. Eh bien,
c’est de l’or que la parabole promet à chacun des hommes, même si c’est
selon des mesures inégales, de l’or qui, si on le fait, ou du moins si on le
laisse fructifier, le fera « entrer dans la joie de son Seigneur ».
On a là l’authentique donné révélé pour toute doctrine de la
prédestination comme élection divine précédant tout mérite de la créature
spirituelle. On remarque aussitôt qu’il s’agit d’un choix gratuit mais à
l’intérieur de la bienveillance miséricordieuse d’un Dieu Père, non d’un
choix antécédent discernant les réprouvés par rapport aux élus. Oui, « Dieu
nous a aimés le premier » (1Jn 4, 19), selon des mesures inégales
entièrement gratuites, mais toujours au sein du même dessein d’adoption et
d’amour persévérant envers tous, « car Dieu n’a pas fait la mort, Il ne
prend pas plaisir à la perte des vivants » (Sg 1, 13 ; cf. Ez 38, 32 ; 33,
11 ; Sg 11, 23).
2°- Le péché
originel : raison suffisante de réprobation antécédente ?
Nous l’avons vu : l’Ecriture interprétée par la Tradition et
le Magistère, nous révèle que l’auteur du péché originel a été relevé de sa
faute par la miséricorde de Dieu et a été le premier à être justifié à
nouveau par la grâce du Christ Rédempteur qui lui a été promis. Compte tenu
de ce donné, il y aurait quelque chose de très inconvenant pour la divine
sagesse à ce que de simples héritiers du péché originel soient pour cette
seule raison, sans faute personnelle de leur part, réprouvés par Dieu par
rapport à la béatitude pour laquelle ils ont été créés dans son dessein
bienveillant. La justice divine ne peut exiger la punition éternelle d’une
partie de l’humanité que si tous ses membres ont péché personnellement en
Adam.
C’est cela justement que S. Augustin a cru trouver révélé,
surtout dans un passage de S. Paul. Il croyait, en effet, que l’Apôtre
disait ceci : « De même que par un seul homme le péché est entré dans le
monde, et par le péché la mort ; et qu’ainsi la mort a passé dans tous les
hommes, dans lequel [Adam] tous ont péché » (Rm 5, 12). En effet la Bible
latine avait traduit « ¤f'Ú
p?ntew ´marton »
par « in quo omnes peccaverunt », ce qui a induit toute la tradition
latine à penser, selon la règle d’accord du relatif avec son antécédent, que
l’antécédent du pronom relatif « [in] quo » doit être le « par un
seul homme » du début de la phrase et qui désigne Adam. Mais, si tous ont
péché personnellement en Adam, cela fait du péché originel un péché
collectif de tous les hommes. Dans ce cas on peut penser, en effet, qu’il
convenait que Dieu manifestât sa justice en ne prévenant plus jusqu’au bout
de sa grâce une partie -le plus grand nombre- de ceux qui avaient ainsi
repoussé les premiers son amour..
La tradition des Pères grecs ne pouvait pas, elle, aboutir à
une telle conclusion, parce qu’en grec l’antécédent le plus proche du pronom
relatif « ¤f'Ú »
est de toute évidence « õ
y?natow » (la
mort), qui se trouve juste un mot avant ce dernier, à la différence de « di'¥nòw »
(« par un seul homme ») qui se trouve lui très loin, tout en début de
phrase. Contrairement au latin « mors », qui est un féminin, le grec
« õ
y?natow » est un
masculin. Il convient donc comme antécédent au relatif « ¤f'Ø »,
qui est un masculin ou un neutre. Par ailleurs, la préposition « ¤pÜ »,
qui se contracte en « ¤f' »
devant « Ø »,
ne veut pas dire « en » (en grec
¢n),
mais « sur » et elle aurait dû être traduite en latin par « supra »
et non par « in ». En tenant compte de ces deux précisions
philologiques, cela aurait dû donner en latin : « supra quam [mortem]
omnes peccaverunt ». Les grecs, eux, ont compris ainsi la phrase mal
traduite en latin : « De même que par un seul homme le péché est entré dans
le monde , et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les
hommes, elle sur laquelle tous ont péché ». Ils en déduisent que la mort
corporelle et spirituelle, qui affecte tous les hommes depuis le péché
originel, « a constitué la multitude pécheresse » (Rm 5, 19). Mais ils ont
distingué nettement cette condition déchue héritée par nature du premier
Adam, d’un péché personnel collectif, auquel il conviendrait que Dieu
réponde en justice en abandonnant certains hommes à eux-mêmes sur leur pente
vers la damnation. Ils témoignent, eux qui sont en continuité linguistique
avec le grec de S. Paul, que ce que S. Augustin a cru lire ne s’impose pas
comme révélé.
3°- La réprobation définitive : avant le dernier acte
libre ?
S. Augustin et le courant théologique qui l’a suivi n’ont
pas fondé la thèse de la réprobation de certains hommes avant leur dernier
acte libre seulement sur le péché originel, compris comme un péché personnel
collectif en Adam. Ils ont cru, tout autant sinon plus, la trouver
formellement révélée par Dieu dans certains passages de l’Ecriture. S.
Thomas, qui a défini le péché originel comme un « péché de nature » , a
néanmoins suivi S. Augustin sur la réprobation antécédente parce qu’il croit
devoir s’incliner devant l’autorité divine de l’Ecriture (cf. Somme
théologique, q. 23, a. 3, sed contra). Il nous faut donc examiner
les textes scripturaires où ils croyaient la trouver pour voir si elle y est
vraiment.
Le passage de l’Ecriture où la réprobation antécédente
semble le plus nettement révélée est la phrase où S. Paul, pour affirmer
« la liberté de l’élection divine, qui dépend de Celui qui appelle et non
des œuvres » (Rm 9, 12), cite cette parole de Dieu dans le prophète
Malachie : « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü » (Rm 9, 13 ; Ml 1, 3). S.
Augustin et le courant théologique qui l’a suivi y ont vu la révélation que
Dieu, par une élection dont les raisons sont insondables, dans l’humanité
vouée à la perdition par son péché originel, ne choisit que certains élus
qu’il prévient jusqu'au bout par sa grâce en les conduisant vers la vie
éternelle. Selon ces théologiens « haïr » signifie pour Dieu ne pas vouloir
pour quelqu’un la vie bienheureuse, compte tenu de son premier refus de Dieu
dans le péché originel. Mais est-ce bien cela ce que Malachie et S. Paul
disent dans cette phrase ?
Tout d’abord il faut tenir compte du fait que l’opposition
dialectique entre « aimer » et « haïr » est un sémitisme stylistique, ce que
ne savait pas S. Augustin. On en a la preuve dans un passage évangélique qui
emploie cette même tournure : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père,
sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre
vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26). Jésus ne peut pas demander
ici la haine envers les parents, alors qu’il rappelle au jeune homme riche,
parmi les commandements du Décalogue que tous doivent observer pour entrer
dans la vie éternelle : « Honore ton père et ta mère » (Lc 19, 20). On est
bien en présence ici d’une figure de style sémitique destinée à souligner la
préférence. Cela est confirmé par le fait que S. Matthieu rapporte la même
demande de Jésus sans la figure adversative sémitique : « Qui aime son père
ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi » ( Mt 10, 37). Il s’agit
bien, dans S. Matthieu comme dans S Luc, de la même péricope, car elle se
termine dans les deux évangiles synoptiques par la même conclusion : « Qui
ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi, n’est pas digne de moi »
(Mt 10, 38 ; Lc 14, 27). La tournure adversative sémitique ne signifie donc
pas « haine » mais « préférence appuyée » (cf. déjà Dt 33, 9)
On a la même figure de style dans une autre parole de Jésus,
souvent mal interprétée pour la même raison : « Vous avez entendu qu’il a
été dit : Tu aimeras ton prochain [Lv 19, 18) et tu haïras ton ennemi » (Mt
5, 43). Ici aussi il ne s’agit pas de haine de l’ennemi (cf. Ex 23, 4-5 ; Pr
25, 21) mais d’une préférence marquée pour le frère israélite, que Jésus
vient élargir en nous demandant de nous faire comme lui le prochain de tout
homme (cf. Lc 10, 36-37). On retrouve encore la même formule stylistique,
avec son contraste hyperbolique entre « haïr » et « aimer », pour exprimer
la préférence – absolue en ce cas – à donner à Dieu par rapport à l’argent
(cf. Mt 6, 24). Il en va de même pour cette parole du Christ en S. Jean :
« Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en
vie éternelle » (Jn 12, 25). Il est clair que Jésus n’incite pas à une haine
de soi masochiste, et encore moins suicidaire, mais à aimer Dieu plus que sa
propre vie.
« J’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü » (Rm 9, 13) ne signifie
donc rien d’autre que « j’ai préféré Jacob à Esaü ». Mais il faut aussi
remarquer, ce que S. Augustin et ceux qui l’ont suivi n’ont pas fait, que
cette préférence de Dieu porte ici, non pas sur les destinées éternelles,
mais sur les missions économiques que Celui-ci donne aux hommes dans
l’histoire du salut. Jacob est préféré à Esaü quant à l’aînesse,
c’est-à-dire comme dépositaire de l’Election divine, de laquelle sortira le
peuple de Dieu et son Messie. D’où l’autre parole divine que S. Paul cite
juste avant celle de l’élection préférentielle de Jacob et qui en situe la
portée : « L’aîné servira le cadet » (Rm 11, 12 ; Gn 25, 23). Jacob a été
choisi par Dieu comme instrument primordial de sa providence et Esaü est
choisi pour servir à son tour ce serviteur de Dieu. Comme le montre
clairement la Genèse, il n’est pas un réprouvé, puisqu’il obtient de
Dieu à son tour une bénédiction par Isaac, même si celle-ci ne lui donne
plus la mission préférentielle de l’Election dans l’histoire sainte, rôle
qui échut à Jacob selon une prédestination divine (Gn 25, 39-40).
« J’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü » (Rm 9, 13) se trouve
d’ailleurs dans le contexte d’ensemble de Rm 9-11, chapitre où S. Paul
présente l’économie de Dieu sur Israël. Celui-ci est le peuple de
l’Election, mais en lui une partie s’est endurcie dans l’incrédulité vis à
vis du Messie Jésus. Tous les passages de Rm 9-10, dans lesquels S. Augustin
et ceux qui l’ont suivi ont cru lire l’expression de l’élection divine entre
la prédestination et la réprobation éternelles, ne concernent en fait pas
celle-ci mais des prédestinations et des réprobations économiques par
rapport à des missions données ou retirées par Dieu dans l’histoire du
salut. La réprobation économique signifie que Dieu ne se sert plus de
certains comme instruments préférentiels pour mener à bien son gouvernement
providentiel. Elle ne signifie pas pour autant que ces derniers sont
réprouvés par rapport à leur salut éternel : quand les soldats de Pharaon
coulent dans la mer Rouge, cela veut dire que Dieu les juge en leur
infligeant la défaite pour s’être opposés à son économie sur Israël ; cela
ne veut pas dire qu’en coulant dans les eaux ils soient descendus du même
fait dans l’enfer de la damnation. De même, S. Paul, parlant des juifs
incrédules, distingue bien le « rejet » (signifié par le verbe
apvy¡v)
ou la chute
définitive (signifiée par le verbe
pÛptv),
qu’il exclut catégoriquement (Rm 11, 1. 11), de la mise à l’écart économique
(signifiée par le substantif
?pobol²)
ou du faux-pas transitoire (signifiés par le verbe
ptaÛv
et le substantif
par?ptvma),
qu’il attribue à l’Israël endurci (cf. Rm 11, 11. 15).
Comme Charles Journet l’avait lumineusement montré dans le
chapitre qu’il avait consacré à la prédestination dans son excellent petit
livre Entretiens sur la grâce, tous les passages de Rm 9-11
concernant l’élection et la réprobation doivent être lus dans le contexte
économique de la mise à l’écart, d’ailleurs temporaire (cf. Rm 11, 15.
25-26) de la partie incrédule d’Israël par rapport à sa mission messianique
vis à vis de l’humanité (cf. Ac 13, 44-47).C’est dans ce même sens
économique de l’entrée des juifs dans l’Alliance messianique qu’il faut
interpréter la fameuse parole tant invoquée et si mal comprise par les
Jansénistes : « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus » (Mt 22, 14).
Aussi les endurcissements que Dieu permet par rapport à son
économie de salut (cf. Rm 9, 18, 11, 7. 25 ; 2 Co 3, 14; Jn 12, 40) , même
s’ils manifestent dans l’histoire du salut le jugement et la colère de Dieu
(cf. Rm 9, 22), ne signifient pas pour autant que Dieu a réprouvé
éternellement ces pécheurs. Bien au contraire, ils font partie de la
correction pédagogique de Dieu, laquelle est au service de la longanimité de
sa miséricorde : « [Dieu] a supporté avec beaucoup de longanimité des
vases de colère devenus dignes de perdition » (Rm 9, 22). De cette
longanimité de Dieu envers les juifs, S. Paul a dit auparavant quelle les
« pousse au repentir » (Rm 2, 4). Elle fait donc partie de la correction
paternelle de Dieu (cf. He 12, 5-13) liée à l’adoption filiale qui n’est pas
retirée à l’Israël incrédule (cf Rm 9, 4 ; 11, 28-29). Elle contribue, par
mode de peine médicinale, à l’économie de la miséricorde divine, comme le
montre la parabole de l’enfant prodigue (cf. Lc 15, 11-32) pour les païens
et la promesse de l’assomption future pour l’Israël incrédule (cf. Rm 11,
15. 25-26).
Les abandons temporaires et les châtiments temporels de Dieu
ne signifient pas la réprobation éternelle qu’ils ont, bien au contraire,
pour but de prévenir (cf. Sg 12, 2, 19-22). Ils indiquent néanmoins que, si
le pécheur continue à résister à la pédagogie divine, laquelle comporte à la
fois correction providentielle et grâce prévenante, celui-ci « amasse un
trésor de colère pour le jour de la colère où se manifestera le juste
jugement de Dieu » (Rm 2, 5). Cela montre que la miséricorde persévérante de
Dieu est longanime jusqu’au dernier acte libre de l’homme et au jugement de
Dieu qui scelle sa destinée éternelle. C’est alors que la punition divine
devient peine de damnation éternelle. C’est le cas, même pour Judas,
coupable de la plus grave des réprobations économiques (cf. Jn 17, 12 ; Ac
1, 17 . 20 . 25), que Jésus appelle néanmoins jusqu’au bout « ami » (cf. Mt
26, 50). Même si Judas a fait l’œuvre du démon (cf. Jn 6, 70 ; 13, 2 . 27)
et a pris ainsi le chemin de la damnation (cf. Mt 26, 24), l’Eglise
s’abstient de se prononcer sur sa damnation finale, alors qu’elle proclame
infailliblement la sainteté de certains de ses enfants.
A propos des Galiléens que Pilate avait fait tuer et des
personnes écrasées par la chute de la tour de Siloé, Jésus a nettement
distingué le châtiment temporel de la réprobation éternelle : « Pensez-vous
que, pour avoir subi un sort pareil, ces Galiléens fussent de plus grands
pécheurs que les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne
vous repentez pas, vous périrez tous pareillement. (…) Pensez-vous que leur
dette fût plus grande ? » (Lc 13, 2-5). Les réprobations temporelles
viennent non seulement de la justice de Dieu, mais plus encore de sa
miséricorde persévérante, car Il s’en sert pour corriger l’homme dans sa
pédagogie providentielle, tout en continuant à le prévenir de sa grâce pour
le remettre sur le chemin de la béatitude (cf. 1 Co 5, 5 ; 1 Tm 1, 20). A
moins, bien entendu, que l’homme ne persiste jusqu’au bout à « recevoir en
vain la grâce de Dieu » (2 Co 6, 1) et à « outrager l’Esprit de la grâce » (He
10, 29).
A la lumière de ces principes révélés de la providence
divine, une théologie catholique de la réprobation doit se garder d’établir
une stricte symétrie entre la prédestination, qui est la raison de la
persévérance de Dieu dans son initiative de grâce, et la réprobation
éternelle qui implique la prise en compte par Celui-ci, dans son choix
limité des élus, de l’endurcissement final des damnés, qu’Il voit au
présent de son éternité. S. Thomas d’Aquin, qui en l’absence de
détermination magistérielle définitive du donné révélé a suivi l’autorité
probable du Docteur de la grâce dans l’interprétation des passages
scripturaires que nous avons étudiés (cf. Somme théologique, Ia, q.
23, a.3, sed contra ; a. 5, 3um), a néanmoins maintenu cette
dissymétrie entre prédestination et réprobation dans la providence divine :
« Sous un certain point de vue, enseigne-t-il, la réprobation est en rapport
avec l’amour ou avec la prédestination, mais sous un autre elle en diffère.
Elle est en rapport en ce sens que de même que la prédestination est la
préparation à la gloire, ainsi la réprobation est la préparation à la
peine : « Tophet est préparé depuis hier, par le roi préparé, profond et
étendu » (Is 30, 33). Elle en diffère en ce sens que la prédestination
suppose la préparation de mérites par lesquels on parvient à la gloire, et
la réprobation la préparation de péchés par lesquels on aboutit à la peine.
Et c’est pourquoi la prescience des mérites ne peut être un motif de
prédestination, car ces mérites connus à l’avance tombent sous la
prédestination ; tandis que la prescience des péchés peut être un
motif de réprobation, sous le point de vue de la peine qui est préparée
aux réprouvés, à savoir en tant que Dieu se propose de punir les méchants à
cause des péchés qui viennent d’eux-mêmes et non de Dieu ; tandis qu’Il se
propose de récompenser les justes des mérites qui ne sont point
d’eux-mêmes : “Ta perte vient de toi Israël ; c’est seulement en moi qu’est
ton secours” (Os 13, 9) » (Commentaire de l’Epître au Romains, 9,
13 ; n° 764 ; cf. Somme théologique, Ia, q. 23, a.3, 2um). On a là
tout le positif de la théologie augustinienne sur la prévenance de la grâce
dans la prédestination, mais décantée d’une symétrie dans l’ordre de la
réprobation, qui compromettait l’innocence et la miséricorde divines. Il
reste maintenant à voir comment le Magistère a progressivement mis en œuvre
ce même discernement dans la réception ecclésiale de l’augustinisme.
II Le discernement progressif du Magistère.
La doctrine développée par S. Augustin contre Pélage sur le
péché originel comme mort spirituelle rendant l’homme incapable de mériter,
puis contre les semi-pélagiens sur la nécessité absolue de la grâce
prévenante pour amorcer la conversion a été presque aussitôt assumée par le
Magistère de l’Eglise, qui y a reconnu l’expression authentique de la foi
catholique (cf. concile de Carthage en 418, DS
222-230, approuvé par les papes Zosime en 418 ,cf. DS 231, et Célestin Ier
en 431, cf. DS 238-249). En revanche, la doctrine augustinienne de la double
prédestination, avec la symétrie entre élection et réprobation, que nous
avons présentée dans la première partie de cet article, a dû faire l’objet
d’un discernement et d’une décantation de la part du Magistère, en un
processus qui s’est développé pendant des siècles. Ce discernement
progressif, que nous allons étudier ici, a pris une détermination définitive
avec la condamnation des thèses de Calvin puis du Jansénisme. Celle-ci a
permis un développement postérieur de la doctrine de la foi qui n’est sans
doute pas achevé. Rappelons que le Magistère est assisté par l’Esprit Saint
pour permettre à l’auditus fidei du croyant de recevoir avec
certitude cela précisément que Dieu a révélé. Il se situe donc en amont par
rapport à tout effort d’assimilation rationnelle par l’intellectus fidei
théologique, tout en pouvant se servir des conclusions de celui-ci dans son
discernement progressif du donné révélé.
Ce sont bien certains points de la théologie augustinienne
de la prédestination, durcis par des disciples trop zélés tels le premier
Prosper d’Aquitaine, qui ont provoqué la réaction immédiate des moines
provençaux et leur crispation sur une théologie de la grâce plus archaïque
qui, après la crise pélagienne, ne pouvait plus sonner que comme un « semi-pélagianisme »
hétérodoxe. Le concile d’Arles présidé en 473 par le moine provençal Fauste,
évêque de Riez, qui a condamné la doctrine sur la double prédestination du
prêtre Lucidus, a indiqué à l’avance tous les points que le Magistère serait
amené ultérieurement à purifier dans certains aspects de l’augustinisme,
surtout à l’occasion du Calvinisme et du Jansénisme.
Le premier point concerne la non-destruction du
libre-arbitre de l’homme par le péché originel (DS 331) et le fait que la
volonté de l’homme n’est pas contrainte par la grâce : « La liberté de la
volonté humaine n’est pas détruite, mais atténuée et affaiblie. Celui qui
est sauvé peut être en danger et celui qui périt aurait pu être sauvé »
(DS 339).
Le second point concerne la portée universelle du sacrifice
du Christ, qui a « subi la mort pour le salut de tous » (DS 332) :
« Le Christ, notre Dieu et Sauveur, pour ce qui est de l’abondance de sa
bonté, a payé pour tous la rançon de la mort et il “veut que nul ne
périsse” [2 P 3, 9], lui qui est “le Sauveur de tous les hommes,
surtout des croyants” [1 Tm 4, 10], “riche en miséricorde pour tous ceux
qui l’invoquent” [Rm 10, 12]. (…) Le Christ est venu également pour ceux
qui sont perdus, car ils se sont perdus contre sa volonté (eo nolente).
Il ne convient pas que la richesse infinie et les bienfaits divins soient
limités à ceux-là seulement qui manifestement ont été sauvés » (DS 340).
En conclusion, le concile fait condamner par Lucidus
lui-même la symétrie entre la prédestination et la réprobation que celui-ci
avait enseignée : « Je condamne avec vous l’opinion qui dit que les uns sont
assignés à la mort, les autres prédestinés à la vie » (DS 335).
Il est remarquable que le concile d’Arles, présidé par le
provençal Fauste de Riez, ait rejeté la double prédestination, marquant
ainsi les limites de l’augustinisme, sans pour autant professer d’erreur
semi-pélagienne, qui consistait à nier la grâce prévenante. Tout aussi
remarquable, concernant l’instinct de foi du Magistère, est le fait que le
concile d’Orange, présidé en 529 par l’augustinien S. Césaire d’Arles, ait
condamné la doctrine semi-pélagienne de la grâce (cf. DS 373-395, en
particulier le canon 4 qui vise une formule de Fauste de Riez) en utilisant
une œuvre du second Prosper d’Aquitaine, sans professer pour autant la
doctrine de la symétrie entre prédestination et réprobation. Bien au
contraire, S. Césaire a cru bon en conclusion du concile d’exclure de la
manière la plus formelle toute adhésion de ce concile, pourtant
d’inspiration si augustinienne, à la doctrine de la double prédestination :
« Non seulement nous ne croyons pas que certains hommes soient prédestinés
au mal par la puissance divine, mais s’il était des gens qui veuillent
croire une telle horreur, nous leur disons avec toute notre réprobation :
anathème ! » (DS 397). Le concile d’Orange lui-même commençait ainsi la
réception ecclésiale du concile d’Arles, laquelle devait encore se
prolonger, comme nous le verrons, pendant des siècles de développement du
discernement magistériel de l’Eglise.
La doctrine de la double prédestination proprement dite,
contre laquelle S. Césaire avait lancé l’anathème à Orange, devait néanmoins
être enseignée au IX° siècle par le moine Gottshalk d’Orbais, déclenchant
une controverse dans laquelle s’affrontèrent même deux conciles régionaux,
celui présidé par Hincmar de Reims à Quierzy en 853 et celui présidé par
Rémi de Lyon à Valence en 855. Le premier souligna, en s’appuyant sur S.
Augustin, que le choix de certains élus dans la masse de perdition suppose
au moins le péché originel (cf. DS 621).En effet, enseigne-t-il, « Dieu
tout-puissant “veut que tous les hommes soient sauvés”[1 Tm 2, 4], bien que
tous ne soient pas sauvés : que certains se sauvent, c’est le don de Celui
qui sauve ; que certains se perdent, c’est le salaire de ceux qui se
perdent » (DS 623). Il rappelle en des termes très forts la portée
universelle du sacrifice du Christ : « Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura
aucun homme pour lequel le Christ n’ait pas souffert, bien que pourtant tous
ne soient pas rachetés par le mystère de sa passion » (DS 624). Les pères du
concile de Valence, d’un augustinisme plus dur, contredirent d’abord le
concile de Quierzy sur ce dernier point (cf. DS 630), puis cédèrent par la
suite sur cette question, si bien qu’en 860 le concile de Toul reçut
ensemble les canons de Quierzy et de Valence.
Il faut remarquer que même le concile très augustinien de
Valence s’est démarqué par rapport à la doctrine de la double prédestination
stricte de Gottshalk : « Dieu a su par avance, absolument que les bons
seraient bons par sa grâce et qu’ils recevraient par cette même grâce les
récompenses éternelles. Il a su par avance que les méchants seraient
mauvais par leur propre malice et qu’ils seraient condamnés par sa justice
au châtiment éternel » (DS 626). Et peu après : « Dans l’élection de
ceux qui doivent être sauvés (salvandorum), la miséricorde de Dieu
précède le mérite, tandis que dans la damnations de ceux qui vont périr
(periturorum), le démérite précède le juste jugement de Dieu.(…)
Mais la peine qui suit le démérite, en tant que Dieu voit tout par avance,
Il l’a sue et destinée à l’avance parce qu’Il est juste » (DS 628-629). On
remarquera la différence significative, dans la terminologie utilisée par le
concile, entre le gérondif salvandorum, pour désigner ceux qui sont
prédestinés au salut final, et le participe futur periturorum, pour
désigner ceux qui sont connus éternellement comme se perdant de leur fait.
Et le concile conclut sur cette question en reprenant la ferme condamnation
du concile d’Orange contre la double prédestination proprement dite (cf. DS
629).
Voici l’état du discernement magistériel que connaissent les
docteurs médiévaux et qui est en amont de la théologie de S. Thomas sur
cette question. La doctrine commune aux conciles carolingiens sur la
prédestination s’est trouvée, en effet, confirmée par la confession de foi
que le pape Léon IX à envoyée en 1053 au patriarche d’Antioche : « Dieu a
prédestiné seulement les [œuvres] bonnes, mais Il a su d’avance les bonnes
et les mauvaises » (DS 685). Quant à la portée universelle du sacrifice
du Christ, elle est confessée par le IV° concile œcuménique du Latran en
1215 : « Pour le salut du genre humain, le Christ a souffert et est monté
au ciel » (DS 801). Plus tard, en 1312, le concile œcuménique de Vienne
précisera : « Le Verbe de Dieu lui-même a voulu être cloué sur une croix
dans la nature humaine ainsi assumée et y mourir pour accomplir le salut
de tous (pro omnium operanda salute) » (DS 901).
Face à l’augustinisme exacerbé des Réformateurs, le concile
de Trente confessa de nouveau en 1547, dans son Décret sur la
justification, que « le Père céleste, “Père des miséricordes et Dieu de
toute consolation” [2 Co 1, 1], envoya aux hommes le Christ Jésus, son Fils,
(…) afin que (…) tous“reçoivent l’adoption filiale” [Ga 4, 5]. C’est
lui que “Dieu a établi victime de propitiation par son sang moyennant la
foi” [Rm 3, 25] “pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais
pour ceux du monde entier” [1 Jn 2, 2] » (DS 1522 ; cf. DS 1567).
Jusqu’ici le concile de Trente se contente de rappeler la
doctrine du Magistère antérieur, qui depuis le concile d’Orange restait dans
le cadre d’un S. Augustin bien compris. Mais, contre les erreurs des
Réformateurs, il est amené à professer un point qui était à purifier dans le
courant de l’augustinisme : le caractère non contraignant de la grâce, qui
ne détermine pas l’exercice du libre-arbitre, même si elle le finalise en
attirant la volonté vers le bien surnaturel : « Dieu touchant le cœur de
l’homme par l’illumination de l’Esprit Saint, d’une part l’homme lui-même
n’est pas totalement sans rien faire, lui qui accueille cette inspiration
qu’il lui est possible de rejeter, alors que d’autre part, sans la grâce
de Dieu, il ne lui est pas possible, par sa propre volonté, d’aller vers la
justice de Dieu » (DS 1525 ; cf. canon 4, DS 1554). Ces affirmations du
concile de Trente rappellent très précisément les positions du concile
d’Arles sur la non-symétrie par rapport à la grâce de l’acte bon et de
l’acte mauvais (cf. DS 339). Enfin, rappelant avec les mots de S Augustin
que « ceux qu’Il a justifiés une fois, Dieu ne les abandonne pas, à moins
qu’Il ne soit d’abord abandonné par eux » (DS 1537), le concile exhorte
les catholiques à croire en la persévérance de Dieu dans son propos de
grâce : « Tous doivent placer et faire reposer en Dieu la plus ferme
espérance. Car Dieu, s’ils ne son pas “infidèles à la grâce” [2 Co 6],
mènera à son terme la bonne œuvre, comme Il l’a déjà commencée [cf. Ph 2,
13], opérant en eux le vouloir et le faire [Ph 2, 13] » (DS 1541). Enfin, le
concile réitère, visant les Réformateurs, la condamnation de la double
prédestination proprement dite (cf. DS 1556).
La question du caractère déterminant de la grâce dans
l’exercice de l’acte libre va amener le Magistère à développer ce qu’il
avait commencé à confesser au concile de Trente à propos de la
justification. Le pape Paul V résume ainsi en 1611 la doctrine de la foi
catholique que Dominicains et Jésuites doivent honorer dans leurs théologies
respectives, à l’occasion de leur controverses sur les aides de la grâce
actuelle (De auxiliis) : « [Le concile de Trente] enseigne la
doctrine catholique selon laquelle il est nécessaire que le libre-arbitre
soit mû, suscité et aidé par la grâce de Dieu, et qu’il peut librement y
assentir ou ne pas y assentir ; et [le concile] ne s’est pas engagé dans
la question concernant la manière dont opère la grâce » (DS 1997 a).
Dès 1653 cependant, le pape Innocent X se voyait contraint
de condamner cinq thèses de Jansénius extraites de son Augustinus. On
ne sera pas étonné de trouver en elles l’expression durcie de ce que le
Magistère n’avait jamais fait sien dans l’augustinisme et qu’il va devoir
condamner maintenant avec une précision et une détermination croissantes.
Est ainsi condamnée comme « hérétique » la thèse qui affirme : « Dans l’état
de nature déchue on ne résiste jamais à la grâce intérieure » (DS
2002). Condamnée aussi comme « hérétique », l’affirmation : « [Les
semi-pélagiens] étaient hérétiques en ce qu’ils voulaient que cette grâce
fût telle que la volonté pût lui résister ou lui obéir » (DS 2004). Ici
apparaît le blocage que le discernement de Magistère essaye de dénouer
depuis le début dans l’augustinisme : l’identification de la grâce
prévenante avec une détermination nécessitante de l’exercice même de l’acte
humain dans l’ordre surnaturel. C’est pourquoi est déclarée « hérétique » la
proposition : « Pour mériter ou démériter dans l’état de nature déchue, il
n’est pas requis que l’homme soit libre de toute nécessité, mais il
suffit qu’il soit libre de toute contrainte » (DS 2003). On
distingue, en effet en théologie, la contrainte, qui fait violence à la
volonté libre, de la nécessité avec laquelle Dieu déterminerait, selon
l’augustinisme, le choix même du libre arbitre. Ce discernement du
Magistère, entre la non-contrainte (admise par les Jansénistes) de la grâce
et le caractère non nécessitant (refusée par eux) de celle-ci dans la
détermination de l’acte humain, est capital pour une réception décantée de
la doctrine augustinienne de la grâce prévenante dans la foi catholique. On
ne s’étonnera pas, enfin, de voir condamnée avec une sévérité extrême, comme
« fausse, téméraire et, entendue au sens que le Christ est mort seulement
pour les prédestinés, impie, blasphématoire, dérogeant à la piété divine et
hérétique », la thèse bien connue de l’augustinisme systématisé: « Il est
semi-pélagien de dire que le Christ est mort ou a versé son sang pour tous
les hommes sans exception » (DS 2005).
Dans une seconde condamnation des doctrines jansénistes, par
un décret du Saint-Office de 1690, on trouve réprouvée une thèse qui
assimile le péché originel, tel que nous en héritons, à un péché mortel
formel, donc personnel, comme si l’acte libre du premier péché d’Adam était
purement et simplement le nôtre : « Dans l’état de nature déchue, pour qu’il
y ait péché mortel (formel) et démérite, il suffit de cette liberté par
laquelle le péché a été volontaire et libre dans sa cause par le péché
originel et la volonté d’Adam dans son acte peccamineux » (DS 2301).
Nous retrouvons ici les conséquences doctrinales de l’interprétation
augustinienne du « in quo omnes peccaverunt » (Adam en qui tous ont péché)
de Rm 5, 12, réprouvées pour la première fois par le Magistère.
C’est à propos des erreurs jansénistes de Pasquier Quesnel,
condamnées par la bulle Unigenitus en 1713, que le Magistère a été
plus loin dans la décantation de ce qui dans l’augustinisme pouvait menacer
le donné révélé. Les cent une propositions de Quesnel ont été réprouvées par
le pape Clément XII avec des notes de censure allant de « fausses » à
« hérétiques » (DS 2502). Le noyau central en est constitué par une série de
thèses affirmant le caractère irrésistiblement déterminant de la grâce
actuelle et, en conséquence, l’infaillibilité de la prédestination divine.
Les propositions condamnées affirment de la manière la plus nette que la
grâce actuelle n’est rien d’autre que Dieu opérant en seule toute-puissance,
de manière purement artistique, par création ou miracle, sans passer par la
médiation éthique d’une volonté humaine qu’Il attire vers le bien à travers
l’autodétermination d’un acte libre. Par exemple : « La grâce n’est pas
autre chose que la volonté toute-puissante de Dieu qui commande et
qui fait ce qu’Il commande » (DS 2411). Ou encore : « Quand Dieu veut
sauver l’âme, en tout temps, en tout lieu, l’indubitable effet suit
le vouloir de Dieu » (DS 2412). S’en suit logiquement le caractère
irrésistible de la grâce cher à l’augustinisme : « Quand Dieu veut sauver
une âme et qu’Il la touche de la main intérieure de sa grâce, nulle
volonté ne Lui résiste » (DS 2413).
Aussi Quesnel identifie-t-il la grâce actuelle aux œuvres de
la toute-puissance divine où celle-ci opère de manière immédiate et
inconditionnelle parce qu’elle n’a pas à susciter et finaliser la
coopération d’une cause seconde, laquelle en plus est libre et reste donc
faillible tant qu’elle n’a pas été confirmée dans le bien par l’obtention de
sa fin ultime. Ces œuvres sont la Création, l’Incarnation, la Résurrection
et, en général, les miracles. C’est justement cette identification que le
Magistère condamne dans les thèses suivantes. « La grâce est une grâce
forte, une grâce puissante, souveraine, invincible, puisqu’elle est
l’opération de la volonté toute-puissante, une suite et une imitation de
Dieu incarnant son Fils » (DS 2421). « L’accord de l’opération
toute-puissante de Dieu dans le cœur de l’homme avec le libre consentement
de la volonté, nous est montré aussitôt dans l’Incarnation, comme dans la
source et le modèle de toutes les autres opérations de miséricorde et de
grâce, toutes aussi gratuites et dépendantes de Dieu que cette opération
originelle elle-même » (DS 2422). « Dieu nous a donné lui-même l’idée de
l’opération toute-puissante de sa grâce, en la signifiant par celle par
laquelle Il tire les créatures de rien et redonne la vie aux morts » (DS
2423). S. Thomas avait déjà compris bien auparavant le danger d’erreur qu’il
y aurait à voir dans la justification de l’homme un miracle (cf. Somme
théologique, Ia IIae, q. 113, a. 10 et a. 5). Quant à S. Augustin
lui-même, on connaît son célèbre aphorisme : « Dieu, qui t’a créé sans toi,
ne te justifie pas sans toi » (Sermon, 169, 13 cité par CEC 1847).
La dernière condamnation du Jansénisme, par laquelle le pape
Pie VI a réprouvé en 1794 les erreurs du synode de Pistoie, revient sur le
point central visé par le Magistère : « Il n’y a pas de véritable grâce
intérieure à laquelle on résiste » (DS 2621).
Cette décantation progressive des éléments dangereux pour la
foi que véhiculait le courant augustinien à propos de la double
prédestination a permis au Magistère de présenter par la suite pour lui-même
et dans son universalité le dessein bienveillant de Dieu et la persévérance
de Celui-ci dans le don de la grâce qu’Il destine à chaque homme pour le
conduire à la gloire. On retiendra, déjà au premier concile du Vatican, la
profession par le Magistère d’une vérité sur la création de l’homme, révélée
dans l’Ecriture et transmise par la Tradition des Pères, mais que S. Thomas
ne propose plus que comme une opinion théologique qu’il fait sienne mais qui
est controversée déjà de son temps (cf. Somme théologique, Ia, q. 95,
a. 1) : « Dieu, dans son infinie bonté, a ordonné l’homme à une fin
surnaturelle » (DS 3005).
C’est le concile Vatican II qui a explicité sans équivoque,
dans sa constitution pastorale Gaudium et spes, riche de précisions
doctrinales décisives concernant le dessein de Dieu et son économie, que
cette ordination est donnée par Dieu dans la création même de l’homme :
« L’Eglise, instruite par la Révélation divine, affirme que l’homme a été
créé par Dieu en vue d’une fin bienheureuse » (DS 4318). A son tour, le
Catéchisme de l’Eglise Catholique devait préciser que la « grâce de
la sainteté originelle était une participation à la vie divine » (CEC
375 explicitant Lumen gentium 2, DS 4102).
La création en grâce de l’homme à l’origine signifie que
« Dieu fait preuve d’une sollicitude paternelle à l’égard de tous »
(DS 4324) et qu’en conséquence « tous sont appelés à une seule et même fin
qui est Dieu lui-même » (DS ibidem). La révélation de ce dessein
bienveillant manifeste en même temps l’homme à lui-même dans le mystère de
sa finalité ultime : « Comme l’Eglise s’est vue chargée de manifester le
mystère de Dieu, qui est la fin ultime de l’homme, elle révèle en même temps
à l’homme le sens de sa propre existence, c’est-à-dire le fond de la vérité
sur l’homme » (DS 4342). Appelé à devenir enfant de Dieu dans un dessein
créateur qui a pour but l’adoption filiale des créatures spirituelles,
l’homme a reçu la promesse et les moyens de grâce pour recevoir Dieu
lui-même en héritage : « En tant que fils, l’homme est appelé à la vie en
communion avec Dieu et à la participation à sa propre béatitude » (DS 4321).
L’Eglise peut désormais mettre en lumière l’universalité et
la persévérance du dessein de grâce de Dieu dans sa paternité bienveillante
et miséricordieuse : « Le Père éternel, selon un dessein tout à fait libre
et caché de sa sagesse et de sa bonté, a créé l’univers entier, a décidé
d’élever les hommes à la participation à la vie divine et, après qu’ils
furent tombés en Adam, Il ne les a pas abandonnés, mais leur a apporté sans
cesse des secours pour leur salut, en considération du Christ, le
Rédempteur » (Lumen gentium 2, DS 4102). Le concile met en lumière
cette longanimité de Dieu qui ne se lasse pas de prévenir l’homme pour
l’attirer à Lui : « L’homme, sous l’effet de l’incitation incessante de
l’Esprit, ne sera jamais indifférent au problème religieux » (DS
4341).Dans son dessein de grâce universel Dieu peut être appelé « Père de
tous les hommes » (DS 4103) car «Il nous a élus [dans le Fils] avant la
création du monde et nous a prédestinés à l’adoption filiale » (DS 4103
paraphrasant Ep 1, 4-5). « Après la chute [de nos premiers parents], Il leur
promit une rédemption et les releva par là dans l’espérance du salut, et
sans interruption Il prit soin du genre humain, afin de donner la vie
éternelle à tous ceux qui cherchent le salut par la constance dans le bien »
(Dei verbum 3, DS 4203).
S’appuyant à la fois sur la portée universelle du sacrifice
du Christ et sur le caractère surnaturel de l’unique finalité ultime de
l’homme, le concile Vatican II, en un texte où l’engagement définitif du
Magistère ordinaire est expressément indiqué par la formule « nous devons
tenir » (« tenere debemus »), enseigne que Dieu prévient tout homme
par la grâce venant du Rédempteur : « Puisque le Christ est mort pour tous
(cf. Rm 8, 32) et que la vocation ultime de l’homme est réellement une, à
savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous , d’une
façon connue de Dieu, la possibilité d’être associés au mystère pascal »
(Gaudium et spes 22, DS 4322). Certes, le contexte immédiat de cette
affirmation traite des « hommes de bonne volonté dans le cœur desquels la
grâce agit de façon invisible (cf. Lumen gentium 16) » (ibidem).
Mais il semble bien que, voulant éclairer ce cas précis, le concile, à
partir de deux principes révélés de portée universelle, en dégage par
connexion des mystères une conclusion qui ne peut qu’être elle-même d’une
portée tout aussi universelle.
Si la conclusion de Gaudium et spes 22 concerne tout
homme sans exception, l’hypothèse des limbes, commune depuis le XIII° siècle
dans les écoles théologiques mais jamais enseignée pour elle-même par le
Magistère (cf. DS 2626) et dont le Catéchisme de l’Eglise Catholique
ne parle pas, se trouverait définitivement écartée. C’est ce qu’a semblé
confirmer en 1995 un passage de l’encyclique Evangelium vitae qui,
dans la première version en langues vernaculaires rendue publique par le
Saint-Siège, dit ceci au n° 99 où le pape s’adresse aux « femmes qui ont eu
recours à l’avortement » : « Vous pourrez aussi demander pardon à votre
enfant qui vit désormais dans le Seigneur » (Documentation catholique,
n° 2114, p. 401). Ne voulant sans doute pas encore trancher définitivement
la question, la version latine officielle publiée dans les Acta
Apostilicae Sedis donne une formulation qui élude le problème.
Il semble bien, néanmoins, que l’enseignement de l’Eglise
s’oriente sur ce point en un sens qui tend à voir une portée proprement
universelle dans cette possibilité que le concile reconnaît « à tous »
d’être associés au mystère pascal. En effet, le Catéchisme de l’Eglise
Catholique, qui cite ce passage de Gaudium et spes 22 à propos
des suppléances du baptême pour les adultes au n° 1260, poursuit
immédiatement dans le numéro suivant : « Quant aux enfants morts sans
baptême, l’Eglise ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu,
comme elle le fait dans le rite de funérailles pour eux. En effet, la grande
miséricorde de Dieu “qui veut que tous les hommes soient sauvés” (1 Tm 2, 4)
et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui lui fait dire : “Laissez
les enfants venir à moi,ne les empêchez pas” (Mc 10,14), nous permettent
d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême »
(n°1261). Ce « chemin de salut » espéré pour les petits enfants peut bien
faire partie, en effet, de cette « façon connue de Dieu » selon laquelle
« le Saint-Esprit offre à tous la possibilité d’être associés au mystère
pascal ».
Sur la base de toute une décantation préalable, par le
Magistère, de la théologie augustinienne de la double prédestination, le
Catéchisme de l’Eglise Catholique, à la suite du concile Vatican II, a
pu proposer à nouveau aux chrétiens, à la manière d’un S. Irénée de Lyon et
d’autres Pères, une grande fresque catéchétique sur le dessein de Dieu dans
sa paternité persévérante de grâce. Le montre ce premier texte qui en
constitue comme le porche d’entrée : « Dieu, infiniment parfait et
bienheureux en lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé
l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi de
tout temps et en tout lieu Il se fait proche de l’homme. Il l’appelle,
l’aide à Le chercher, à Le connaître, à L’aimer de toutes ses forces » (CEC
1). Cette fidélité de Dieu à son dessein bienveillant de grâce s’enracine,
d’après l’enseignement du Catéchisme, dans la propre vie trinitaire
de Celui-ci, qu’Il a voulu dans son amour gratuit faire partager à l’homme :
« Dieu est amour : Père, Fils et Esprit Saint. Librement Dieu veut
communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le “dessein
bienveillant” (Ep 1,19) qu’Il a conçu dès avant la fondation du monde en son
Fils bien-aimé, “nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci” (Ep
1,5), c’est à dire à “reproduire l’image de son Fils” (Rm 8, 29) grâce à
“l’Esprit d’adoption filiale” (Rm 8, 15). Ce dessein est une “grâce donnée
avant tous les siècles” (2 Tm 1, 9) issue immédiatement de l’amour
trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la Création, dans toute l’histoire
du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que
prolonge la mission de l’Eglise » (CEC 257).
Sur la base de cette même décantation de l’augustinisme, le
Catéchisme peut proposer une doctrine sur la damnation purifiée de
toute idée de réprobation antécédente : « Dieu ne prédestine personne à
aller en enfer (cf. DS 397, 1567) ; il faut pour cela une aversion
volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin »
(CEC 1037). Puisque Dieu veut n’avoir à réprouver personne, celui qui se
damne se damne de son propre fait en se fermant jusqu’au bout à la grâce
persévérante : « Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans
accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé
de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion
définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on
désigne par le mot “enfer” » (CEC 1033). Le Catéchisme rappelle enfin
comment l’Eglise exprime dans sa prière publique sa foi en la grâce
persévérante de Dieu et son espérance pour le salut de tout homme : « Dans
la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes des fidèles,
l’Eglise implore la miséricorde de Dieu, qui veut “que personne ne périsse,
mais que tous arrivent au repentir” (2 P 3, 9) : “Voici l’offrande que nous
présentons devant toi, nous tes serviteurs et ta famille entière. Dans ta
bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie,
arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus” (Canon
romain) » (CEC 1037).
Fr.Jean-Miguel Garrigues, religieux et prêtre, enseigne
depuis longtemps la théologie. Il a déjà donné des articles à « Nova et
Vetera » (2/1995, 2/1996, 3/1997). Il a publié notamment
« Dieu sans idée du mal » (Ed. Desclée); plus récemment « L'Epouse
du Dieu vivant » et « A l'heure de notre mort » (l'un et l'autre
aux Editions « Parole et Silence »).
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